vendredi 20 avril 2012

Trail "L'ardéchois": La montagne ardéchoise est verte, elle est belle,... elle est dure aussi.


Avant le départ

Il est 7 heures du matin, je mets le contact et le thermomètre de ma voiture affiche 2 degrés. Le soleil pointe en haut de la colline. Nous quittons le gîte sympathique, la maison Hérold, où nous passons nos vacances, direction Désaignes. Après un quart d'heure de route, nous arrivons au village départ qui grouille déjà de trailers. Nous nous garons près du camping, complet pour l'occasion. L'atmosphère se réchauffe un peu.

Je rejoins la ligne de départ. Christelle, mon amie commence à prendre quelques photos. Certains coureurs sont équipés de gants et emmitouflés comme pour la Saintélyon. Nul doute qu'au bout de deux kilomètres de course, ils seront obligés de s'arrêter pour s'alléger de ces vêtements encombrants. Personnellement, même s'il fait un peu frisquet, je préfère partir avec un simple maillot technique. J'ai choisi le maillot bleu aux couleurs du trail "Landes et Bruyères" que j'apprécie. Un trailer a choisi la technique du sac poubelle, bien connue sur les marathons, mais ici, pas question de laisser traîner le sac sur la route.

Je retrouve un coureur du Loir et Cher qui est hébergé en chambre d'hôte à coté de nous. Il est préoccupé car il a déjà fait la distance (57 kms) mais jamais le dénivelé (2400 D+). En fait, au vu de son expérience, étant comme moi plutôt raisonnable, il n'a pas à s'inquiéter. Je le retrouverai d'ailleurs le soir content de sa course. Je suis plus circonspect pour les 4 comparses que j'ai rencontrés hier à la pasta-party. Quatre jeunes, cheveux ras, peut-être des militaires ou des pompiers, qui n'ont jamais fait de trail et qui s'élancent pour le 57 kms. Seul un est équipé de chaussures de trail et un autre envisage de bifurquer sur le 34 kms. J'espère pour eux que tout se passera bien.
Dawa Sherpa passe devant nous. Il a l'air sympa. En fait, les spectateurs voient plus souvent les vedettes que des trailers comme moi qui ne peuvent les voir qu'au départ. Le speaker annonce l'imminence du départ, demande aux dossards préférentiels et à Thierry Breuil (aurait-il déjà gagné?), de passer à l'avant du peloton. Le speaker fait part aussi d'un évènement peu sympathique où des produits d'un stand d'un partenaire nutritionniste du village départ auraient été "empruntés". C'est vrai que ce n'est pas très cool. Surtout que "Monsieur le commissaire, le coupable est parmi les 1300 trailers présents".

 C'est parti! 

Allez! Une petite "ola" et c'est parti pour un tour de chauffe dans le village pittoresque de Désaignes. Le départ réel, chronométré, commence lorsque le premier repasse sur la ligne de départ. Personnellement, je me suis mis en deuxième partie de peloton, je souhaite partir doucement car les premiers kms sont exigeants. En effet, dès la sortie du village, la grimpette commence. Nous alternons marche et course. Dès le 3e km, je ressens une douleur au dos et aux cuisses. En fait les muscles sont froids et je suis parti trop vite... car tout le peloton est parti trop vite, effet de l'effervescence du départ.

A' partir du 4e km, la pente s'adoucit, c'est là qu'il faudrait courir. Je préfère calmer le jeu. La descente entre le 6 et 7e km est agréable et fait du bien, les douleurs disparaissent. Après le hameau de Sialles, la remontée, raide, recommence. Nous voyons les éoliennes, là-haut. Elles paraissent proches mais il faudra 3 km pour les atteindre. Nous arrivons enfin à la Citadelle, le point le plus haut (1196m) qui n'a de citadelle que le nom. En fait, c'est une pinède. Je vois Christelle avec son clic-clac Kodack. Je ralentis car je ne veux pas que la photo soit floue (prétentieux, va !).

 Ca roule.

Entre le 10 et le 17e km, nous sommes maintenant sur un faux-plat descendant, où alternent prairies de montagne, pinèdes et châtaigneraies, très agréables. Je commence à mettre raisonnablement, le turbo et commence à doubler pas mal de coureurs. Au 17e, nous sommes en vue du château de Rochebonne. Une coureuse, devant nous, nous dit qu'elle ralentit pour profiter de la vue. Elle a tout à fait raison. A’ trois ou quatre, nous faisons de même, car le point de vue est magnifique. Nous voyons, au loin, le mont Gerbier de Jonc et le mont Mézenc, et plus près devant nous la vallée de Saint Martin de Valamas.

Nous sommes maintenant au pied du château (de la ruine, plutôt). Un bouchon se forme devant le début du sentier qui annonce la descente. Cela me permet d'avaler un gel et de boire. C'est parti pour la descente, dangereuse, dans les ruines d'abord puis à flanc de montagne jusqu'à la cascade. Une fille devant moi glisse et chute, sans mal. Nous décidons de rester prudent, d’autant plus que ce sentier chaotique se prolonge et dure une couple de kilomètres.

Ensuite arrive la remontée vers Saint Jean de Roure. Nous sommes tous en marche active. Nous atteignons le ravitaillement au km 22 en 3h 05 mn, il y a beaucoup de spectateurs, Christelle est là. Encore une photo. Puis, une nouvelle montée est au programme.

Après quelques kms, nous retrouvons un faux-plat montant, l’allure est agréable malgré une sensation bizarre. Je double pas mal de coureurs, me fait doubler par quelques uns, et d’autres sont à mon allure. En fait, je m’aperçois que beaucoup ne font que les 34 kms. Soit ils sont usés et marchent, soit ils en ont « sous la godasse » et accélèrent pour les derniers kilomètres. Seuls ceux qui font les 57 kms sont au train.

Nous retrouvons les éoliennes. Je suis à l’aise et accélère. Mais, à un moment, je sens une petite contracture à la cuisse. Je ralentis, elle disparait. J’entame la descente à un bon train. Km 29, moitié du parcours effectué.

 Nous arrivons sur le long parcours

Au km 30, nous arrivons au croisement où il faut choisir entre le 34 kms et le 57 kms. Je suis en forme, cela ne fait qu’un peu plus de 4 heures et demi de course. Ce serait dommage d’arrêter maintenant (prétentieux encore !).La descente continue. Puis quelques remontées pour arriver au ravitaillement du km 34. Saucisson, fromage, barres énergétiques, eau, coca cola et c’est reparti. Tout va bien.

Une nouvelle descente puis nous passons sous la route départementale par un petit tunnel fait pour l’écoulement d’un ruisseau. Il faut baisser la tête, il fait noir, les pieds sont dans la gadoue. Pas très agréable mais cela ne dure qu’une quinzaine de mètres.  

Premières frayeurs

Encore une descente, « à l’aise, benaise. ». Et à un virage…AIE !! Le pied se tord. Aie ! Aie ! Aie !.« Est-ce que ça a craqué ? » me demande le trailer qui me suit. Je gémis « non ». Je marche, j’ai mal, trottine doucement, le pied bien à plat,  pendant 2 à 300 m. Le mal s’apaise. Je repars. Les pieds des trailers sont sur rotule amovible mais je sais maintenant qu’il faut faire gaffe et que je vais le payer dans les jours qui vont suivre.

Une nouvelle descente technique. Une fille, un petit chamois, me double et descend à vitesse grand »V ». Ces pieds affleurent à peine le sol et passent d’une pierre à l’autre. Elle me prend plus de 100 m en 300 m de descente. Un autre coureur me double. Suit un faux plat où je me refais une santé.

Tout à coup, le coureur devant moi oblique sur un sentier et crie à notre fille ailée, qui est 50 m devant « C’est par ici, c’est par ici ! ». Elle ne se retourne pas alors, de concert, on l’interpelle plus fort (On est gentil quand même). Enfin, elle se retourne et nous rejoins en nous remerciant. Merci, pas de quoi. En fait, un trailer a besoin des 3 yeux. Un pour regarder où il met les pieds, un pour le paysage et un pour le balisage.

Un coureur, avec un maillot vert me rejoins. On discute le bout de gras ensemble. Nous arrivons au bord de la route qui va vers Labatie d’andaure. S’ensuit quelques montées et descentes. Ca va ! Malgré la cheville qui me picote.

Pensées aux copains

Je me mets à penser à Eric, un copain de mon village qui fait, aujourd’hui, son premier trail de 30 kms en forêt de Perseigne dans la Sarthe, et à mon chef, pas parce que c’est mon chef (je ne suis pas un fana du boulot, surtout en vacances) mais parce que c’est un trailer et, en ce moment, il doit être à Plévenon, au départ du trail des « Landes et Bruyères » en Bretagne. Un trail super sympa. Allez !, par télépathie, « Bonne chance » à eux deux.

Je pense aussi aux copains de notre association de coureurs. Certains récupèrent des marathons de Barcelone et de Paris, d’autres préparent les marathons des côtes de Blaye et du Mont Saint Michel. Je leur vante souvent les bienfaits du trail, leur dit que c’est moins dur qu’un marathon, mais jusqu’à présent, j’ai eu peu de succès.

Une montée à fond

Arrive un large ruisseau à traverser. Pas d’autres solutions que de faire plouf ! plouf ! dans l’eau. Le ravitaillement du 45e km est en vue, Christelle aussi.

Allez ! Encore un peu de saucisson, de fromage et de Coca. Et puis, on y va. Déjà 5h 46mn de course, il reste douze bornes dont 3,5 km de montée vers Rochebloine. Je peux tenter de finir en 7h 30mn.

J’entame la montée à l’arrière d’un petit groupe. Je me sens bien, dépasse tout le monde. Un trailer me dit que si on va trop vite, on risque d’exploser. Il a raison mais j’aime les montées, me sens bien et donc, accélère encore. Je rejoins un coureur seul, le dépasse. A’ un moment, j’ai un doute sur le chemin, continue et retrouve du balisage. Je pète la forme. Je vois, à 100 mètres devant moi, un groupe dans lequel figure le trailer au maillot vert. Je rattrape le groupe, il reste 400 m avant le sommet.

On voit là-haut, les coureurs qui montent lentement entre les pierres et la lande. La montée durcit, il faut maintenant mettre les mains, il reste 200 m et là…les crampes me prennent. Sur les deux cuisses et les deux mollets. Je stoppe, attend 10 secondes, cela se décontracte un peu… mais je sais que j’ai perdu mon pari. Je fini lentement la montée, puis marche, cours un peu, doucement.

Un final cahin-caha

Le trailer sympa au maillot vert me repasse, je ne le reverrai qu’à l’arrivée maintenant. J’arrive à Nozière, il reste six kilomètres de descente. Je cours mais comme sur des œufs, entre la menace des crampes et la cheville douloureuse. 7 à 8 coureurs me doublent.

La descente est large, régulière, sans difficulté technique. Je rage de ne pas pouvoir en profiter. C’est sûr, je perds au moins une minute et demi au kilomètre. Tant pis pour moi.  On voit maintenant le village de Désaignes.

J’arrive au pont, Christelle est là. Clic-clac, c’est dans la boite. Reste la montée en faux-plat. Les spectateurs sont nombreux, nous encouragent et nous félicitent. Je rattrape presque le coureur devant moi, et puis je me dis que je ne mérite pas de le dépasser. Après tout, s’il est devant moi au bout de 57 kms, c’est qu’il est plus fort.

Je passe la ligne d’arrivée, content mais aussi frustré, vexé même car j’ai mal géré ma fin de course. Ma montre annonce 7h35mn. Je recherche le stand de ravitaillement. Un groupe musical dynamique et coloré nous accueille. Je suis usé, mes pompes aussi. Le petit bisou de Christelle me réanime.

En fait, je finis 179e sur 367 arrivants en 7h 39mn (les 4 minutes de différence sont liées au début où je suis passé sur la ligne de départ 4 minutes après le premier).

La montagne ardéchoise est verte,
elle est belle,... elle est dure aussi.


La photographe


Semi-Marathon Auray-Vannes



Il est presque sept heures du matin. La voiture se gare devant la maison. Je prends mon sac et m’engouffre à l’arrière. Ils sont tous là. Laurent notre chauffeur, bien sûr, Anthony, Eric et Martine, notre Présidente. Direction VANNES. Près de trois heures de route. Nous scrutons le ciel, menaçant mais sec. 



Après NANTES, tout à coup, des giboulées incessantes s’abattent sur la route. Bienvenue en Bretagne. Après une heure de déluge, à l’approche de VANNES, le ciel s’éclaircit, la pluie cesse. 

Il est 10 heures. Nous allons chercher nos dossards et flânons dans le village départ. Vers 11 heures, nous cherchons un coin tranquille dans les alentours, avec un banc, pour un casse croûte frugal. 



Un chien avec l’air malheureux tient en laisse sa maîtresse, une petite femme sans âge, complètement accroupie, les yeux exorbités et hagards. Bonjour ! Pas de réponse. La nuit a dû être dure. Puis nous croisons une bonne sœur, sur son vélo, qui marmonne des jurons incompréhensibles. Il y a des gens bizarres à VANNES. 


Nous prenons la direction des navettes pour Auray. Après 20 minutes de car, nous voilà proche de la zone départ. Martine ne voulait pas que l’on soit en retard pour ne pas stresser. Pas de danger, le départ n’est que dans 2 heures et demie. L’attente est longue. J’en profite pour boire mon litre d’eau mélangée avec du jus de raisin. Nous retrouvons Nadia, une collègue de Martine, qui a de la famille à Vannes et qui, comme nous, participe pour la première fois à ce semi-marathon AURAY-VANNES. Nous patientons et nous échauffons ensemble. 

Quand nous entrons dans le sas départ, des milliers de coureurs sont déjà là. Nous nous souhaitons bonne course puis essayons de remonter la file. Nous stoppons loin de l’arche départ, une cinquantaine de mètres derrière la flamme du meneur d’allure des 1h50. 

C’est parti ! Nous voyons, de loin la foule des premiers coureurs qui entament la côte du départ. Nous franchissons la ligne de départ environ 2 minutes après les premiers. 

Anthony est déjà loin. Avec Laurent, nous décidons de partir sur un rythme de 4 mn 40 au kilomètre. 

Pour remonter le peloton, il nous faut zigzaguer, prendre trottoirs et bermes, accélérer et ralentir fréquemment. Nous passons le 1er kilo en 4mn 45. Nous dépassons maintenant le meneur d’allure d’1h50. Nous accélérons. Au 3e kilo, nous avons 25 secondes d’avance sur notre timing. 

Arrive le pont de Bono. J’ai une sensation bizarre. Le pont bouge. Cela est dû aux centaines de coureurs qui courent dessus. On a l’impression de courir sur un mini trampoline. 

Premier ravitaillement, je prends une bouteille d’eau à la volée, la partage avec Laurent pour gagner quelques secondes. Nous continuons sur un rythme de 4hmn20 à 4mn 25 au kilo. 

Nous approchons de Baden (7e kilo). Il parait qu’il y a dans ce village une côte terrible. En effet, dans une petite rue étroite, sur 4 à 500 mètres, la montée est raide. Je raccourcis ma foulée. D’autres coureurs accélèrent, montent en force. A’ mi-pente, je sens un début de crampes sur tous les muscles de mes jambes, ce n’est pas normal. Manque de sucres, manque de protéines, je ne sais pas. Pas manque d’entrainement pourtant. Je ralentis encore. La côte est finie, je temporise, prend un gel sucré. Les douleurs disparaissent. Deuxième ravitaillement, c’est Laurent qui va chercher la bouteille. Ca m’arrange. 

Laurent relance et maintient une allure rapide, environ 4mn 20 au kilomètre. J’ai du mal à le suivre, lui dit de ne pas m’attendre. Je reste finalement derrière lui. Faux-plat descendant, ça va mieux. Nous apercevons, loin devant, à au moins 400 mètres, la flamme du meneur d’allure des 1h 40mn. Nous nous rapprochons doucement mais sûrement. 3 kilomètres plus loin, au 11e, il nous reste une centaine de mètres de retard. Débute une longue côte. Je temporise, craignant le retour des sensations de crampes. Finalement, ça va. 3e ravito, je prends un gel, attrape une bouteille, boit, partage avec Laurent. 

Km 12, c’est repartit. Sans être super, les sensations sont meilleures, je prends le relais de Laurent. J’essaie de revenir, sans trop forcer sur le meneur d’allure. 100m, 80m, 50m, l’écart se réduit. Laurent est toujours derrière moi. La route s’élève un peu, je n’ai plus qu’une idée en tête : revenir sur la flamme des 1h 40mn avec le calcul suivant : étant parti avec environ 2mn de retard sur lui, si j’arrive avec lui sur la ligne d’arrivée, j’aurais atteint mon objectif d’1h38mn. Mon regard reste rivé sur la flamme, plus rien d’autre ne compte. 40m, 30m, 20m, 10m. Il va vite ce meneur d’allure, il devrait être en 4mn 44 au kilo, mon GPS annonce 4mn 35. C’est dur. 

Ca y est, j’y suis, juste en haut de la côte, vers le 15e kilo. Je temporise derrière le petit groupe. J’essaie de me retourner. Mince, Laurent n’est plus là. Je reste avec le groupe d’une trentaine de coureurs. J’attends un kilomètre. Début d’une longue descente, je dépasse le groupe des 1h 40, prends 50 mètres d’avance. C’est super, la descente. 

Puis au loin, devant, je vois le long cordon de coureurs qui remonte une côte qui a l’air raide. Ce doit être la fameuse côte du Vincin. Les spectateurs ne se sont pas trompés, ils sont nombreux à cet endroit. En effet, c’est raide, j’ai mal aux jambes, réduit mes foulées, mes muscles sont tétanisés. Le groupe, ou ce qui en reste, du meneur d’allure me dépasse. 

Ouf ! La côte est finie. Le meneur est 20m devant moi. Je préfère temporiser. Il reste 2km. J’ai mal. Que faire ? J’hésite. Attendre Laurent ou aller chercher ce «p….. » de meneur d’allure. Je ne peux pas accélérer mais je m’aperçois que je ne peux pas ralentir non plus. Je suis en mode automatique. Mes guiboles ont une cadence et je ne peux pas la changer, même si ça me fait mal. C’est le genre de sensations que j’ai, d’habitude, en fin de marathon. Alors, je reste en chasse-patate. Avec ce maudit meneur d’allure qui me nargue 20 mètres devant, qui a la même allure que moi mais avec ces quelques mètres d’avance. Un faux plat montant dans une cité, j’ai mal. Flamme rouge, pas trop tôt. 

J’entends le meneur d’allure qui exhorte son petit groupe. Ah ! Je reviens sur eux. Le meneur d’allure braille, se retourne, nous interpelle, moi et les quelques clampins qui trottent aux alentours. Comment il fait pour avoir cette énergie, moi je suis mort. Je fais la jonction à l’entrée du stade. 300 mètres, la piste est douce. Je déroule jusqu’à l’arrivée. Top. 

Mon chrono indique 1h 36mn 48’. (Plus tard, mon classement avec ma puce indiquera un temps réel de 1h37mn 29’. Mystères de la chronométrie.) Mon temps est correct mais je me suis fait mal. Ce semi est une préparation du marathon de Vannes. Je pensais pouvoir préparer ce marathon sur une base de 4mn40 au kilo. Je sais déjà que ce ne sera pas possible, il vaut mieux viser 4mn45 ou 4mn 50. Tant pis. 

Laurent arrive peu de temps après moi. Il a géré son semi en préparation de Marseille-Cassis. Le ravito d’arrivée est bienvenu. Nous sortons du sas d’arrivée. Anthony nous attend, frais comme un gardon. Il a déjà rendu sa puce, été chercher son cadeau (un magnifique bol breton. Il faut aimer !) ainsi que le sac d’affaires qu’on avait déposé au départ. Un phénomène, cet Anthony. Un an de course à pied et un premier semi-marathon, plutôt difficile, avec du dénivelé, en 1h 29mn. 

Maintenant, la foule des 5000 coureurs se déverse à grand flots. Nous essayons de récupérer Eric et Martine. 

Eric termine en 1h52 et Martine en 2h06. Ils sont contents. En fait, on s’aperçoit, à part notre phénomène Anthony qui vient d’une autre planète, nous quatre, Martine, Eric, Laurent et moi avons une expérience qui nous permet de bien gérer ce genre de course difficile car mélange de vitesse, résistance et dénivelé. 

Direction, la douche dans de super grands vestiaires (bravo pour l’équipement sportif qu’est ce stade du Kercado). Nous décidons de rester pour la remise des prix. Non ! Non ! On ne pense pas être appelés parmi les lauréats de la course. Il y avait trop de kenyans devant nous. Mais à la fin, il y a une tombola avec une twingo (si, si, une vraie) à gagner. On commence entre nous à se demander qui va la ramener jusqu’à Etival, on se propose aussi de se la partager selon les jours de la semaine. 

Mais non, ce n’est pas nous qui gagnons. Pas de chance. Bon, il faut penser au retour maintenant. Martine a faim. Il faut trouver une boulangerie à Vannes. Il est 19h30 un dimanche soir. Nos recherches sont vaines. Tant pis, on attendra une aire d’autoroute. 

Le retour se fait tranquillement entrecoupé de deux haltes, une pour ma vessie semi-prostatique, une autre pour le ventre affamé de Martine. 

Il est 22h30. Laurent nous ramène chez nous. Merci chauffeur. 

Quelle journée.

Comment un homme de la plaine a fait la 6000D

A' l'origine, j'ai souhaité faire ce récit sur ma 6000D 2010 pour aider d'autres coureurs qui souhaiteraient se lancer dans l'aventure. Je suis un homme de la plaine. J'habite en Sarthe. J'ai 46 ans et je cours depuis 6 ans. J'ai commencé, comme tout le monde, par des 10 kms, puis des semi-marathons, puis des marathons.

Depuis 2 ans, je m'amuse sur des petit trails (15kms) dans ma région, puis j'ai fait quelques 30 kms (Gendarmes et voleurs de temps 2009 , "Landes et Bruyères" 2008 à Erquy). Passant mes vacances d'été en montagne, j'ai fait la K22 (22kms, 1300 D+) en 2008 et la course des refuges (30 kms, 1700D+ en 2009). Je suis un coureur moyen dont le seul but est de me faire plaisir. Pour vous donner des références, je cours un 10 bornes en 43 minutes, un semi en 1h 37mn et un marathon en en 3h23 mn.

Et puis, voilà....

Après mon marathon de La Rochelle, en novembre 2009, j'ai eu envie de faire un vrai trail (+42 kms) de montagne. Et j'ai tout de suite pensé à la 6000D (65kms, 3300D+).

En homme prudent, j'ai cherché beaucoup de renseignements sur l'entrainement sur internet et dans les revues, mais les récits des coureurs, très passionnés et intéressants, parlaient beaucoup de leur course (c'est humain) mais peu de leur préparation.


A) Ma préparation
Ce n'est sûrement pas la préparation optimum que pourrait vous conseiller un entraineur. Elle m'a juste permis de réaliser mon objectif: terminer la 6000D, sans être complètement usé.

1) Etablir un calendrier de courses
J'ai d'abord décidé d'établir mon calendrier de courses du 1er semestre 2010 uniquement en fonction de la 6000D. En février, j'ai fait un trail de nuit, dans la boue et pendant la tempête, de 14kms en Touraine.
En mars, j'ai fait le 50 kms de l'éco-trail de Paris, sans trop forcer (trail très sympa). Mon but était uniquement de faire une distance qui m'était jusqu'alors inconnue. J'ai eu peu de douleurs aux jambes mais quelques unes au dos.
6 semaines plus tard, début mai, j'ai fait le 32 kms de "Landes et Bruyères" à Erquy(22), joli trail de bord de mer que j'avais déjà fait en 2008 (C'était à l'époque mon premier trail de 30 bornes). 

2) Faire du gainage

Et là, par contre, j'ai compris que j'avais trop forcé et pas récupéré de l'éco-trail de Paris. J'ai eu mal au dos pendant huit jours. J'ai donc cessé tout entrainement pendant les quinze jours qui ont suivi...puis je me suis mis à faire, 2 fois par semaine, en fin d'entrainement, ce que tout trailer devrait faire régulièrement: du gainage. J'ai compris que c'était indispensable. En effet, à l'arrivée de la 6000D, je n'ai pas eu mal au dos. Je pense que c'est même utile pour la course sur route.



3) L'entrainement spécifique
Ensuite, j'ai préparé un entrainement spécifique de mon invention. En fait, j'ai pris mon entrainement marathon sur 8 semaines que j'ai adapté. Je l'ai structuré sur 4 séances hebdomadaires.

- Une séance de fractionné court sur une côte de 150 à 200 m à 10% (à faire 10 fois, sauf la dernière semaine (6fois)).
-Une séance de fractionné long sur un circuit de 500 m qui comprenait la côte de 200 m et la descente. J'ai fait soit 5x1000, 3x2000 ou 2x3000m (en semaine 4 et 6, cette séance a été remplacée par 2 petits trails de 13 et 11km près de chez moi). Ne pas faire cette séance la dernière semaine.
-Une séance de liaison à 75%FCM en terrain vallonné d'1heure à 1h15mn (étant en plaine, je n'ai trouvé que des côtes de 200m de long, si vous avez plus long chez vous, n'hésitez pas). 40mn seulement la dernière semaine.
-Une sortie longue, en vallonné, de 2heures (semaine1), 1h30 (semaine2), un trail d'entrainement (semaine3) près de chez moi (trail des forges) de 30kms (les 10 premiers km à 75%FCM, les 10 suivants à 85%, pour les 10 derniers, faites vous plaisir). 
Pour les semaines 4,5 et 6, j'ai trouvé à 50 kms de chez moi un parcours vallonné de quatre kms avec deux côtes de 100 m de D+ et 700m de long. J'ai fait 3h (semaine4, 1100D+) puis 2 fois 3h30 (semaine 5 et 6, 1300D+). Un conseil: trouvez absolument des côtes assez raides et assez longues qui vous obligent à faire de la marche active en montée et à vous entrainer aux descentes (le plus dur, en trail, ce sont les descentes). Personnellement, je pense qu'il faudrait des côtes de 2km de long avec 300 m de D+ mais on fait avec ce qu'on a. Enfin, semaine 7, une sortie d'1h30 en vallonné suffit. La dernière semaine , la sortie longue, c'est la course.
-Par ailleurs, je faisais une séance par semaine de renforcement musculaire (gainage, chaise et stepper) de 30 à 40 mn.

4) Préparer son matériel et son alimentation
Pour les chaussures, je voulais au départ faire avec mes chaussures de trail classiques à 70 euros (très suffisant pour un 30 bornes ou l'éco-trail de Paris) puis, par précaution, j'ai tout de même investi dans des chaussures plus élaborées (En l'occurrence, des salomon xa pro 3d ultra) et je ne l'ai pas regretté car, en montagne, le terrain est beaucoup plus éprouvant pour les pieds et la durée de course plus longue (pour moi, 10h15mn).
Par contre, plutôt que de prendre mon camelback (très bien pour une course de 3 à 5 heures), j'ai décidé d'acheter une ceinture avec 2 bidons (60 euros tout de même). 2 avantages: remplissage plus facile aux ravitos et possibilité d'avoir un bidon d'eau et un bidon de boisson isotonique. Inconvénient: il faut des ravitos toutes les 2 à 3 heures (cas de la 6000D) et moins de place pour mettre les gels et les vêtements.
En alimentation, j'ai pris mes gels habituels que je prenais toutes les demi-heures sauf aux ravitos qui étaient biens fournis. J'ai aussi pris des pastilles homéopathiques contre les crampes.

Surtout, bien penser à s'alimenter régulièrement.


B) ma course


Il ne fait pas chaud, ce samedi matin à 8 heures. Au vu de la météo, je me suis mis en textile léger mais à manche longue. Pour le glacier, j'ai emporté, une veste, manche courte, respirante légère ...et des gants. 



Au départ de Aime, je ne suis pas stressé et souhaitant être prudent, je me met dans la 2e partie du peloton (sans se mettre à la fin). Le départ est lancé. Dans la descente d'Aime, le peloton s'étire déjà. Nous sommes 700. Dès le 2e km, je n'ai plus froid. Le road book annonçait 8 kms de faux-plat jusqu'aux Esserts. J'ai prévu de courir jusqu'à cet endroit mais dès la fin du 4e km, la pente durcit légèrement et je préfère alterner marche et course. En fait, mon accéléromètre m'annonce 6 kms aux Esserts. Le parcours serait-il plus court que prévu?
La montée vers Longefoy est dure, les muscles sont froids et j'ai mal aux cuisses et au dos. Nous sommes à la file indienne. Je me contente de suivre. Entre Longefoy et Montalbert, la douleur s'en va. Ma marche active devient plus efficace. Après la montée de piste de Montalbert, le chemin s'adoucit, je reprends l'alternance marche et course, mais tout doux, cela dure quelques kms. Avant de reprendre des pourcentages plus difficiles, la dernière montée sur Aime2000 est dure. Nous sommes à 2100 m d'altitude. 1400 D+ d'avalé. La descente sur La plagne Centre est rapide et fait du bien. 

J'arrive au 1er ravito en 2h30 au moment où le speaker annonce que les premiers sont à la Roche de Mio. Comment font-ils ces extra-terrestres? Au ravito, je me trouve bien mais Christelle, mon amie, qui m'attend trouve que je suis fatigué, effet de la montée sans doute. Je reste peu de temps au ravito (3 à 4mn) puis c'est reparti pour une longue séance de marche active, avec un peu de course parfois dans les rares petites descentes ou faux plats. Vers le sommet de la Roche de Mio, le brouillard commence à s'inviter. Je passe celle-ci en moins de 4h. Dans la descente vers le col de la Chiauppe, le brouillard devient plus dense, je préfère être prudent même si la piste est large. Je me fais doubler par trois ou quatre coureurs.

Au ravito, je prends plus de temps. Christelle est là, elle me trouve mieux. J'enfile mes gants et ma veste légère. Je repars...et je rentre dans un autre monde. Le brouillard est maintenant très dense. On ne voit pas à 30 mètres. Pour trouver le chemin, je suis ceux de devant. Le dénivelé commence à durcir. On voit passer, face à nous, de façon fugitive, ceux qui finissent la descente, ils vont vite.

Et puis, à un moment ce n'est plus une pente, c'est un mur. Je suis le dernier d'un groupe de 15 à 20 coureurs. Derrière, ils ne sont peut être pas loin mais, avec le brouillard, je ne les vois pas. 3 ou 4 gars devant moi décrochent du groupe. J'essaie, lentement, de les dépasser et m'accroche aux basques du groupe. En fait, je n'ai pas envie de me retrouver seul dans cette purée de pois. Le mur est très long, près d'un kilomètre avec une pente de 40 à 45 % mais la montée, si elle fait mal aux jambes, se passe finalement bien. L'arrivée en haut est tout de même un soulagement. J'y suis en 5h 08mn.

Maintenant, il faut traverser le glacier dans la neige et dans le brouillard, on ne voit rien à 15 m. Je ne suis pas habitué à marcher sur la neige, je n'aime pas ça. Je suis le groupe mais, à un moment, nous sommes perdus. Nous revenons à la dernière rubalise mais ne voyons pas la marque suivante. 2 gars partent vers un endroit, reviennent au bout d'une minute. Trois autres vont à l'opposé, nous ne les voyons plus. Quelques instants plus tard, on entend un "C'est par ici" libérateur. Nous fonçons sur la neige vers l'endroit. Une dernière escalade de sentier rocheux nous est proposée, elle passe vite. En haut, un bénévole apparait dans le brouillard et nous dit que la montée est finie. Merci à lui, car, tout seul dans le brouillard et le froid, à 3050 m d'altitude, pendant plusieurs heures, il a dû en baver.

Il faut maintenant attaquer la descente. Sur le road book, j'avais vu une descente en lacet sur une sorte de piste de 4x4. Mais je me doutais, d'après la lecture de certains récits, que les organisateurs devaient nous faire passer ailleurs. En effet, en fait, le tracé de la descente est simple. Tout droit dans la pente à 45%, dans le brouillard. En plus, arrive une plaque de neige. Certains, habitués à la montagne, font du ski avec leurs pieds et leur bâtons. Je n'ai pas pris de bâtons, je n'aime pas ça. Alors... tant pis pour le ridicule, je me mets sur les fesses et je descends en glissade sur une trentaine de mètres. Ensuite, je reprends cette descente infernale, prudemment, me fais évidement doubler. Tant pis.

Nous retrouvons maintenant quelques concurrents en face de nous qui vont vers le glacier. Ils vont vers l'enfer...nous en sortons.

Au ravito retour du col de la Chiauppe, je me restaure correctement et rapidement (5 à 6 minutes). Christelle m'attend mais elle a froid. Je lui dis de redescendre sur la Plagne Bellecôte sans tarder pour se réchauffer. Un petit bisou et c'est reparti.
La descente vers le Dérochoir est pentue et un peu technique mais n'a rien à voir avec celle du glacier. Maintenant le brouillard se dissipe. Je reste prudent, je ne suis pas bon en descente. De temps en temps, un coureur me double. Chaque coureur est maintenant espacé de 20 à 50 mètres.

J’arrive au bas du col de l'Arpette. Je sens que les muscles commencent à souffrir. Je prends une pastille anti crampe. La montée est rude mais j'aime les montées, je double 5 ou 6 concurrents. Je suis en haut du col en 7h 07mn. La descente sur Belle Plagne est raide mais sur un sentier sans pierre donc agréable. Le ravito de Plagne Bellecôte est en vu, j'y suis en 7h 32 mn. Christelle est là, elle n'a plus froid. Je lui laisse ma veste et mes gants. Il reste 18 kms.

Je préfère rester prudent. Je reste 15 mn (eh oui, un peu trop) au ravitaillement, me restaure, prends une pastille anti-crampes et repars. Un gars me dit qu'on peut finir en moins de dix heures... et accélère. Je n'ai jamais fait 65 km et j'ai lu un récit où un coureur,"Raspoutine", en 2009, a eu des problèmes gastriques à quelques kms de l'arrivée. Je préfère assurer. Au début, il n'y a pas de pente, il faut donc alterner course et marche. C'est dur après 50 bornes. Puis la descente arrive. Entre les Coches et Montchavin, nous sommes parfois sur du goudron ou sur un sentier de pierre. Cela fait un peu mal. J'arrive à Montchavin en 8h 55mn. Je reste 5 bonnes minutes au ravito et je mange. Je commence à penser que, entre les ravitos, les gels et la boisson, en fait, un trail long c'est "la grande bouffe".

Je suis maintenant sur un petit sentier dans la forêt, double trois, quatre concurrents. Peu à peu, le sentier me semble interminable. J'alterne course et marche. Enfin, j'arrive à Sangot. Je suis rassuré, il ne reste que quelques km. Je me sens bien. J'accélère. Une dernière descente vers la rivière puis arrive la piste cyclable. Je vois plusieurs coureurs qui marchent. Moi, je suis bien, je cours, les jambes sont bien. Une passerelle, la montée dans Aime, la traversée de la rue commerçante où certains coureurs (sûrement des martiens) attablés aux terrasses de cafés boivent une bière et nous encouragent, et c'est l'arrivée. Je rejoins un concurrent qui m'avait doublé après Montchavin mais il se met à sprinter. Je reste sur mon tempo. Christelle est là, me photographie, je ne suis pas expansif mais je lève les bras. Je passe la ligne. Je suis simplement heureux. 

En fait, même pour un homme de la plaine, ça se fait, la 6000D. J'arrive 477e en 10h15mn 39. Je pensais la faire en 10 heures. Je suis presque dans les temps. Je n'ai pas trop de douleurs, moins que pour un marathon. Je dis à Christelle qu'il faut quand même être débile pour faire un tel truc. Elle m'informe que le premier de l'ultra6000d (110km) est arrivé en un peu plus de douze heures. Ça me rassure, je suis débile mais il existe des ultra-débiles. 
..Mais peut-être qu'un jour, finalement, pourquoi pas faire un ultra?

jeudi 19 avril 2012

L’atypique trail des piqueurs

Je suis un peu là par hasard en ce matin de mars.

Au départ, en novembre, lorsque je commençais à imaginer ma saison 2012, je voulais faire l’éco-trail de Paris, histoire de finir au 1er étage de la Tour Eiffel. Et puis le prix de l’engagement m’a dissuadé. 85 euros, ils nous prennent pour des gogos. Et puis 80 kms en début de saison, c’est une partie du printemps perdu en récupération. 

Puis j’ai pensé au trail du « petit ballon » en Alsace (47 km). L’objectif était d’allier une visite familiale éloignée de chez nous (700 kms) à un petit plaisir sportif. Mais 4 semaines avant la date, mon amie, Christelle, me dit qu’il n’est pas raisonnable d’aller si loin avec un petit bébé (notre TITOUAN a 7 mois). Je me retrouve donc le bec dans l’eau. Avec une préparation déjà commencée. 

Je cherche alors un trail de montagne à la même date et je trouve le trail des piqueurs, à seulement 400 km de chez moi. J’ai déjà vu des articles de magazines spécialisés sur cette course avec la photo d’un pierrier à grimper, à priori, impressionnant. Il y a un 71 km et un 33 km. J’opte pour la raison et donc le 33 Km à 13 euros l’inscription et 7 euros le repas, bénévoles et esprit associatif convivial compris. 

Le nom de « piqueurs » vient du fait que, jadis, dans cette région isolée, les gens étaient pauvres et sans ressources. Et pour survivre, ils n’avaient d’autres solutions que de délester les possédants et de s’exercer au chapardage.

Le lieu de départ est le petit village de Saint Jean des Ollières dans le massif du Livradois. Difficile à trouver sur la carte Michelin (région oblige). Il a plu une partie de la nuit mais au moment du départ, s’il fait gris et frais (4 °), au moins la pluie a cessé.

Il est prévu 1450 m de dénivelé positif. Le pierrier symbolique, médiatique et photogénique fait 200 mètres de D+ et permet d’accéder par sa falaise sommitale au pic de la Garde où nous accueille, comme sur tous les pics montagneux, une table d’orientation et une statue de la vierge (parfois remplacée par une simple croix). Mais ce pic est franchi dès le 2e km et, en fait, ne représente pas la nature réelle de ce trail. 

Parce que, OUI, ce trail est atypique. Ce n’est pas tant la pierre qui est au menu mais l’eau, la boue, la terre, la forêt et les ronces. Ce qui le caractérise se résume plutôt dans la remontée du vallon des Martinanches à l’entrée duquel les organisateurs ont planté une pancarte sur la quelle il est écrit « Vous entrez dans le vallon des Martinanches…vous en sortirez différent ».

Parce que cette région est parsemée de petits vallons ou ravins, boisés, étroits, humides, jonchés de bois morts, de mousse et de ronces. Bien évidemment au milieu de ces ravins coulent des ruisseaux, des torrents voire des cascades. Il nous faudra faire une bonne dizaine de traversées de ces cours d’eau avec parfois de l’eau jusqu’au-dessus des genoux. L’avantage, c’est que les chaussures ressortent comme neuves. Il faut parfois même grimper en passant presque dans le lit de la cascade. L’eau est fraiche, très fraiche et glace les muscles des jambes. Juste une fois, par erreur sûrement, les organisateurs nous ont fait passer sur un pont. Avec le trailer qui m’accompagnait à ce moment-là, on s’est étonné de ce confort inattendu.

Parce qu’il serait trop simple dans ces ravins de ne faire que longer les torrents. Il est beaucoup plus rigolo de faire grimper les pentes boueuses et abruptes de ces vallons qui font tous au minimum 50 m de dénivelé. Si abruptes que des cordes sont nécessaires, que chaque arbuste ou tronc d’arbre sert d’appui pour progresser, que chaque pas peut se transformer en glissade, qu’il faut parfois ramper ou marcher à 4 pattes avec ces ronces qui nous caressent le visage, pour se hisser en haut du vallon.

Mais, il faut aussi les descendre ces pentes supérieures à 40 %. Personnellement, à plusieurs reprises, j’ai choisi une méthode déjà utilisée sur les névés de la 6000 D, la glissade sur les fesses. Mon cuissard en est nappé de terre et de boue.

En dehors des vallons, nous descendons des monotraces un peu plus roulantes. Sauf qu’après une nuit de pluie, les chemins se transforment en ruisseaux boueux où, à chaque pas, les chaussures disparaissent dans cette fange.


Evidemment, les forêts livradoises ne sont pas très entretenues. Les troncs d’arbres de sapins morts barrent régulièrement les chemins. Pas d’autres solutions que de grimper dessus ou ramper dessous. Je ne compte plus les branches d’aubépines qui fouettent les jambes ou les cuisses. Il faut une vigilance de tous les instants pour poser le pied là où il faut pour ne pas chuter. 

Dans une sapinière où une récente coupe avait été faite, il n’était possible de se déplacer qu’en sautillant de façon latérale, un peu comme dans le jeu des anneaux que l’on fait sur les pistes d’athlétisme lorsqu’on fait de la PPG. Sauf que là, cela durait 300 mètres.

Alors OUI ce trail est atypique, dense et dur. La nature peut même parfois finir par paraître hostile, notamment dans ces fameux ravins où la lumière passe difficilement et où nous avons toujours le regard baissé vers le sol pour anticiper notre progression.


A’ l’arrivée, tous les coureurs attestaient de la difficulté du parcours ; sauf un coureur qui affirmait qu’il y avait aussi des parties roulantes. Oui, il a raison, il y a des parties un peu plus roulantes, ce qui ne veut pas dire plates puisque rien n’est plat en Auvergne. Mais, s’il n’y avait eu que les parties techniques, tout de même nombreuses, ce ne serait plus un trail mais un parcours commando. Déjà que…
Je ne conseille pas cette course pour un coureur qui n’aurait aucune expérience préalable sur cette distance. Il risque d’être dégouté à jamais du trail. Par contre, un coureur qui aime la difficulté, la boue, l’eau, l’humidité, littéralement « sortir des sentiers battus » y trouvera un grand plaisir. Ce parcours mérite une plus grande renommée mais faut-il le dire car, pour garder son aspect sauvage, ce trail ne doit pas attirer trop d’amateurs.

Personnellement, je finis 47e, en 4 heures 10 mn, sur 158 partants et 138 arrivants. Je remercie le jeune trailer originaire des Alpes qui m’a encouragé et motivé sur les cinq derniers kilomètres alors que j’étais complétement cuit. J’ai une pensée pour la dernière concurrente qui finit en plus de 7h30mn, parce qu’elle a dû le maudire ce parcours. Il lui en a fallu du courage et de l’abnégation pour ne pas abdiquer.

Quant à ceux qui ont fait le 71 km (une cinquantaine de participants), en terminant par le parcours de 33 km, il leur faut une force mentale et une expérience solide. Bravo à eux.

Quant à moi, pour la suite de ma saison, je prévois le Merrel Oxygen Challenge à Super-lioran (43 km et 2350 D+) en mai, le championnat du Canigou (34 km et 2000 D+) en août et Les Templiers (71 km et 3000 D+) en octobre. Encore de belles aventures à vivre. Ce trail des piqueurs m’aura servi de bon entrainement.


mercredi 18 avril 2012

Marathon de Vannes: Le marathon de la ville des vénètes se mérite.

Deux ans déjà. Deux ans depuis mon dernier marathon à la Rochelle. Et depuis, j’avais décidé de faire du trail.Les gendarmes et les voleurs de temps, l’éco-trail de Paris (50 kms), Landes et bruyères, la 6000D, le trail Glazig et l’ardéchois notamment.

Et puis, Titouan est arrivé cet été. Plus difficile quand on est Papa d’aller trainer dans le sud de la France pour trouver des trails montagneux.


Alors, pourquoi ne pas revenir au marathon. Vannes est à trois heures de route. En juin, je décide donc de m’inscrire avec un objectif : mon record est à 3heures 23mn, je dois pouvoir descendre sous les 3heures 20mn.

  Une préparation en huit semaines. Le semi d’Auray-Vannes comme entrainement et me voilà, ce matin, au pied des remparts de Vannes, prêt à partir. Je suis à quelques mètres de Jésus. Il va porter sa croix pendant 42 kms. J’ai essayé d’être devant car j’ai un mauvais souvenir sur un marathon où j’ai perdu 2 mn au 1er kilomètre car le peloton n’avançait pas. J’aperçois, au dessus de moi, parmi les spectateurs, Sylvie, une collègue qui est venue encourager son mari, Guy, qui est lui-même un de mes collègues. Je lui fais un signe mais elle ne me voit pas. Le feu d’artifice s’achève, le départ est imminent.



C’est parti ! Le peloton s’élance. J’essaie de prendre un bon train. Je n’ai pas trop à zigzaguer pour doubler des concurrents. Nous longeons les quais. Je double le meneur d’allure des 3h30 mn. Le 1er kilomètre arrive, je le passe en 4mn 50. S’ensuit une longue montée, je maintiens l’allure assez facilement. 2e kilomètre en 4mn 40. Je suis à mon allure de croisière. En effet, j’ai décidé de partir sur une base rapide de 4mn 40 au kilo et d’essayer de la maintenir le plus longtemps possible. Je sais que c’est risqué. D’habitude, sur mes autres marathons, je partais lentement et réussissais à faire le 2e semi presqu’aussi rapidement que le 1er. Jusqu’à présent, je n’ai jamais eu de défaillance sur marathon. Alors, advienne que pourra.



Le 3e kilo est en descente, avalé en 4mn 25. Malgré un arrêt « technique » dans le 4e, je le fais en 4mn 40. Je lève un peu le pied. Nous arrivons sur le sentier du golfe, fait de légers faux-plats montants et descendants. Au 7e kilomètre, un coureur me dépasse, me demande si je suis bien d’Etival lès le mans, comme indiqué sur mon maillot. Je lui réponds par l’affirmative. Il me dit qu’il est du Mans et qu’il est collègue avec Laurence, une joggeuse qui fait partie de mon groupe de coureurs du Dimanche matin. Après deux ou trois échanges, il me souhaite bonne course et accélère. Je suis à 200 mètres du meneur d’allure des 3h 15mn. Je suis parti un peu vite. Au ravito du 8e kilomètre, je prends un gel et boit correctement. Le soleil est là, pour l’instant pas trop chaud, mais qu’en sera-t-il dans deux heures ?

Peu après le 9e kilomètre, je ressens une douleur au bas du mollet gauche. Mince ! Je ralentis pendant quelques hectomètres. Elle ne disparaît pas. Je crains que ce ne soit une contracture. Que faire ? La douleur ne m’empêche pas de garder mon rythme. Alors tant pis, je décide de continuer sur ma lancée. 32 kms avec cette douleur, je dois être un peu fou. On verra. Je passe le km 10 en 46mn 30. Nous passons sur les quais, agréables, du centre-ville. 

Au ravito du 12e km, je m’aperçois que j’ai perdu 2 gels que j’avais positionné sur une ceinture adéquate, « achetée pour » comme on dit, mais qui s’avère complètement inutile. Nous reprenons un chemin qui longe le golfe puis arrivons sur une presqu’ile, passons sur une digue, puis retour sur le chemin côtier sous les pins. Le paysage est beau. Dommage de ne pas trop avoir le temps de l’apprécier. 

Au début du 18e kilomètre, nous quittons le golfe, par une montée pas très longue mais qui fait mal aux jambes. Au 19e, je passe devant le stade Kercado. Gérard et Anne-Marie, mes amis, sont là. Je leur donne mon inutile ceinture, leur assure que, pour l’instant, tout va bien malgré ma contracture au mollet. Et puis, plus qu’une boucle de 23 kms et il en sera fini de ce marathon. Par contre, je ne vois pas Christelle et Titouan.

Les rues qui suivent sont plutôt quelconques. Au sortir d’un virage, je passe le tapis qui prend le temps au semi-marathon. 1h 38 mn 17s. Cela fait une allure de 3h 16mn 34s. C’est trop rapide mais comme je me doute que la deuxième moitié sera plus dure, c’est toujours ça de gagné. Nous arrivons maintenant dans la vieille ville. Il y a des pavés, de nombreux virages et quelques courtes montées. Je commence à sentir une fatigue. Ça y est, je quitte la vieille ville par une poterne et me retrouve sur la rue face aux remparts, là où était donné le départ. 

1km de plat, puis c’est la longue montée. Je réduis mon allure, les muscles des cuisses souffrent. Enfin, c’est fini. La descente suivante me permet de relancer. Puis, j’arrive à Arcal. Une trentaine d’habitants nous accueille, déguisés en martiens. Ils sont tonitruants. Ils sont dans une petite montée qui fait mal aux jambes mais j’essaie de faire bonne figure. 

Arrive le chemin côtier. Je continue sur mon allure mais je sens que les jambes deviennent lourdes. Je passe les 28 kms en à peine 2heures 11mn, soit une allure de 3 h19mn, mais je sais que la fin va être dure. Je fais les 2 kms suivants en 4mn 50 au kilo.

 30e km. Il reste 12 kms. Je m’épuise à maintenir cette allure intenable. Je décide de ralentir pour me relancer éventuellement plus tard. Je fais les deux kms suivants en 5 mn au kilo mais c’est encore trop dur. Tant pis pour les 3h 20 mn. Mon objectif est maintenant de rallier l’arrivée sans trop de difficulté. Parmi les encouragements de la foule, tout à coup, je perçois une voix qui m’est familière. Je reconnais Marie-Claude, une joggeuse des « foulées d’Etival » qui coure maintenant avec le club des LMA. Je suppose qu’elle est venue encourager ses amis de club. Ça me fait plaisir de la voir même si je grimace en passant devant elle. 

Au ravitaillement du 32e km, je m’arrête une bonne trentaine de secondes. La chaleur commence à m’indisposer. Je bois et m’asperge abondamment. Du km 32 au km 36, j’essaie de tenir les 5mn 20 au kilo. 

 Au ravito suivant, c’est la déchéance. Je bois, m’asperge encore, ne peux avaler mon dernier gel, essaie alors avec un sucre. Beurk ! Au bout d’une minute, je repars. Il reste 6 kms.

Je suis maintenant sur le chemin du golfe qui, au fil des hectomètres, devient pour moi un chemin de croix. Mes muscles sont tétanisés. Je me traine à 6 minutes au km. Beaucoup de coureurs me doublent maintenant. 

Arrive la dernière montée. Il reste un peu plus de 2 kms. Je marche quelques dizaines de mètres. Des spectateurs annoncent que le meneur d’allure des 3h 30 mn arrive. Je repars, essaie d’arriver en haut de la côte avant qu’il ne me rattrape. Il me double juste en haut, devant le dernier ravito. Je bois un verre à la volée, essaie de me caler derrière le groupe. Je connais la fin du parcours. Nous sommes à cinq minutes au kilo. Je grimace, serre les dents. Une longue ligne droite plate puis la descente. Avant dernier virage avant la piste d’arrivée. Il reste 500 m. Un petit faux-plat montant. 

Tout à coup, tous les muscles se bloquent. Perdu pour arriver sous les 3h 30mn. Je marche un peu, repars doucement. J’arrive sur la piste. Le meneur d’allure est au bout de la ligne droite, au fond là-bas. Je termine doucement. Je suis épuisé. 3h 30mn 31 au GPS.

Sylvie, ma collègue, me voit et me dit que Guy arrive seulement cinq minutes après moi alors qu’il avait plus de retard à mi-course. Je lui dis qu’en effet, je suis parti vite et que je me suis explosé. En fait, je suis mort. Je mettrai plusieurs jours pour ressusciter.

Bizarrement, je ne suis pas déçu. Bien sûr, j’ai perdu mon pari. Je savais que partir rapidement pour tenter les 3h 20 mn était risqué voire irréaliste mais il faut bien tenter des choses dans la vie. C’est mon cinquième marathon et ma première défaillance. Maintenant, je sais ce que c’est. 

Ceci dit, pour le prochain, je renouerai avec ma prudence habituelle. Je conseille aussi à ceux qui n’ont jamais fait de marathon et qui liraient ce récit de ne pas faire ce que j’ai fait.

 Quant au parcours, il est magnifique, surtout avec le soleil, mais il n’est pas si simple que pourrait le laisser supposer le profil de la course. Il y a deux bonnes côtes, les chemins côtiers sont usants et la traversée de la vieille ville tortueuse à souhait. Le marathon de la ville des vénètes se mérite.