mercredi 4 juillet 2012

Le trail du belvédère: Matinée ludique à Chemiré le gaudin (72)


(Merci à notre photographe Patrice)

Ils sont décontractés, les coureurs, ce matin dans le village de Chemiré le Gaudin. Il faut dire qu’il fait beau mais pas trop chaud. Je retrouve les amis du club des « foulées d’Etival ». Il y a là Laurent et Anthony qui feront le 13 km comme moi, mais aussi Martine, notre Présidente, les deux Eric, Sandrine, Cassandre, Katia, Laurence et bien sûr le grand Nico qui feront le 7 km. Seul, le jeune Julien s’attaque au 21 km.
J’aurais bien fait le 21 km mais je suis en reprise d’entrainement en vue du championnat du Canigou alors je viens juste pour me faire plaisir et reprendre un peu de vitesse.

9h30 : la cinquantaine de traileurs du 21 kms s’élancent. Maintenant, les coureurs du 13 km se rapprochent de la zone départ. Des petits groupes d’amis coureurs se forment, ils discutent entre eux. On ne sent pas trop l’esprit compétition en ce premier jour de juillet. Tout à coup, presque par surprise, on entend le bruit du starter départ, la course est lancée. Beaucoup de coureurs, dans l’urgence, appuient sur leur chrono ou leur GPS. Anthony s’échappe pour rejoindre les premiers. Je le suis à quelques encablures puis stabilise ma vitesse. Ne pas partir trop vite. Nous faisons d’abord un tour du village. Après 800 m, nous repassons près du départ et j’entends le speaker une trentaine de mètres devant moi annoncer Natacha Lacorre, la première féminine. Nous quittons le village et j’entends Martine m’encourager : «  Allez Pascal, il y a des belles filles, devant ! ». Alors, j’accélère. Sur vingt mètres.

Arrive la première côte. Je vois les deux premières féminines dix mètres devant moi. La côte longe les murs du château de la Sauvagère. Je monte sans forcer. Malgré tout, je reviens sur les deux jeunes femmes. Je suis sur leurs talons en haut de la côte. Suit un large chemin herbeux, je double les demoiselles.
J’arrive dans le bois du belvédère. Il y a un coureur quinze mètres devant. Nous sommes dans un chemin forestier en faux plat montant. Je n’essaie pas de le rattraper. Je me sens bien, je ne force pas. Nous arrivons au belvédère. Puis nous entamons une descente toute droite. J’essaie de revenir sur le coureur. Une  épingle à cheveux. Nouvelle descente. Je reviens sur le coureur au moment où nous entamons la montée dans un chemin creux. Deux cents mètres de montée. A’ l’aise, je ne cherche pas à doubler. Haut de côte. Tiens!  On ne prend pas le même chemin que les années précédentes. Je passe le coureur et reviens dans la descente sur deux autres. 


Je connais bien la montée qui suit. Je l’ai faite cet hiver en préparation du trail des piqueurs. On monte correctement. On revient vers le belvédère, je double les deux coureurs. On sort maintenant du bois et passons  le long de la lisière par un pré fraichement coupé. Tout à coup, deux coureurs me doublent très vite. Je comprends que ce sont les premiers du 7 Km. Leur circuit ne fait  pas les côtes du bois du belvédère. Premier ravitaillement, je zappe
.
On entame une descente que je connais bien (toujours la prépa des Piqueurs). Je suis à l’aise. Le grand Nico qui fait le 7 km me passe. « Allez Nico ».


Au bas de la pente, épingle à droite et on attaque une série de prairies. Pas de chemin, il faut lever les jambes un peu plus haut. On passe un ruisseau sur une simple planche. Re-prairies. J’ai quelques coureurs  30 mètres devant moi. Je garde mon tempo, 4mn 40 au km. On retrouve le circuit des 7 Kms. Nouvelle prairie puis légère montée, on retrouve un chemin. Je reviens à quelques mètres de coureurs. Nouvelle épingle à cheveux puis nous entrons dans un bosquet. Single avec racines. Prudence. Sortie du bosquet et j’arrive devant le passage du ruisseau. Il y du monde. Un mélange entre les coureurs du 7 et du 13 km. 


Allez, on se mouille les pieds. 2e ravito, je zappe encore. On attaque maintenant des petits sentiers sombres tournoyant dans un bois touffu. Je suis derrière un jeune traileur dynamique.

A’ la sortie du bois, nous arrivons au château des belles-filles. Un ancien me rattrape. Il a le mollet sûr. Ainsi qu’un autre jeune. Nous sommes quatre. Nous entamons la descente mais contrairement aux années précédentes, nous bifurquons vers la lisière d’un champ de maïs coupés (de l’année dernière, je suppose) Il reste des tiges de maïs  hautes d’à peine dix centimètres, il vaut mieux les éviter. Fin de descente. Panneau « arrivée 1km ». L’ancien a déjà 20 mètres d’avance. Un des deux jeunes dit à l’autre « allez, on finit ensemble ». Et ils accélèrent. Je les suis ? Non, je suis bien, mon but aujourd’hui, c’est le plaisir. Et je n’ai pas envie de me mettre les cuisses en feu.

500 mètres, je vois Marie-Pierre qui vient de faire le maraisthon (du côté de Niort) et qui est venue nous encourager ainsi que Patrice, notre V2 (3h13 au marathon quand même) qui n’aime pas  les trails mais qui nous prend en photos.
Dernière descente. Nico est arrivé « Allez Pascal ». J’accélère, c’est facile.


Terminé. 12km600 au GPS (12km450 l’an passé). 59 mn 04 sec (25e sur 162 coureurs). Sans forcer, bonnes sensations. Je suis content.

Les autres copains et copines arrivent. Seule Martine a trébuché, sans mal, juste de la terre sur les mollets.


Nous faisons une photo de groupe «  les traileurs d’étival ». Puis nous allons chercher notre cadeau : un véritable pot (en poterie) de rillettes. Sarthois, quoi.
Vraiment une belle matinée ludique.
Un beau petit trail d’initiation avec un joli parcours bien dessiné. Merci les organisateurs. A’ l’année prochaine.

samedi 26 mai 2012

Les 43 kms de l’oxygen challenge : un vrai beau trail de montagne.


Superlioran, 1250 m d’altitude. L’appartement où nous logeons est juste en face la prairie des Sagnes, lieu du village départ-arrivée de l’oxygen challenge. Cette formule allie plusieurs courses de trail et de VTT sur 3 jours. J’ai choisi le trail de 43 kms.
Hier, le ciel était complétement bouché, impossible d’y voir à plus de 300 m. Impossible donc d’y voir les hauts de la montagne, là où nous allons courir. Ce matin, en ouvrant les volets, j’ai une appréhension mais non, même si le ciel est gris, au moins la vue est dégagée et nous apercevons tout là-haut la gare d’arrivée du téléphérique du plomb du cantal à 1855 m d’altitude. Nous voyons aussi les langues de neige qui persistent à certains endroits de la pente.
De l’appartement, je vois le départ des vététistes qui vont faire 85 kms dans la montagne. Il est temps de descendre, le départ est dans une demi-heure. Les traileurs arrivent, peu s’échauffent. Nous entrons dans le sas départ, dernières consignes de l’organisateur. Cinq, quatre, trois, deux, un, c’est parti !
200 mètres de plat, je vois Christelle, avec Titouan, qui me prend en photo. Un petit coucou, puis nous attaquons la montée par une piste de ski. 


J’ai décidé de partir doucement dans la deuxième partie du peloton, je ne force pas. Malgré tout au bout de 10 minutes, j’allonge le pas, commence à doubler quelques coureurs, je sens mes muscles se tendre. Une pluie fine s’invite, suivie de la grêle, ça commence bien. Heureusement, cinq minutes après tout se calme. 
Nous quittons la piste de ski pour une prairie où la pente est forte. Nous arrivons sur un replat où nous pouvons courir. Cela ne dure que 200 mètres avant d’affronter une montée, droit dans la pente, à 30 ou 40 % où s’invitent  les pierres. Premières douleurs musculaires et lombaires. Le souffle est court. Nous atteignons un genre de chemin très pierreux mais moins pentu, qui doit servir de piste de ski. Par endroits, les névés bouchent presque tout le passage. La gare d’arrivée du téléphérique approche. 



Ca y est, j’y suis ! Tout à coup, un vent violent arrive. Nous sommes sur la crête, il reste trois cents mètres faciles pour atteindre le plomb du cantal, il y a même des marches. 3,3 kms et 600 m de D+ en 45 mn. Le vent latéral est violent et continu, je préfère prendre ma casquette à la main. Le paysage est grandiose, je prends juste quelques secondes pour respirer et admirer la vue à 360° mais pas le temps de s’arrêter voir la table d’orientation. Deux coureurs s’arrêtent et prennent des photos.
S’ensuivent 8 kilomètres de vrai bonheur. 8 kms de sentier parfois pierreux puis, assez rapidement de pelouse sur la crête de la montagne, le tout en légère descente.  Le panorama est magnifique, maintenant le soleil arrive, il restera toute la journée. Seul le vent latéral incommode mais on s’y fait. Sur la pelouse de montagne, souple, en descente douce, je n’ai pas l’impression de courir mais de voler. Pas ou peu d’effort à fournir, pas de douleur musculaire ou articulaire, le rêve.  Je regarde mon GPS, je suis à 4mn au kilo, sans forcer. Par précaution, je ralentis un peu quand même. J’ai l’impression que tous les coureurs que je vois devant ont la même sensation, ils volent littéralement sur la prairie et se font plaisir. Un conseil : faites ce trail juste pour cette partie du parcours qu’il est difficile de retrouver ailleurs. Génial.
Arrive le buron de la tuillière au 12e km, premier ravitaillement. Ayant mes propres gels et barres énergétiques, je décide de zapper celui-ci pour gagner du temps. Maintenant, nous entamons la descente. Au traileur qui m’accompagne, je lui dis le plaisir de courir sur la crête, il me répond avé l’assent du midi : « ça cache quelque chose ! ». Je continue la conversation. Il me répond invariablement : « ça cache quelque chose ! ». Comme il descend bien, je décide de le suivre. 3 km de descente, on double quelques concurrents. 
Une remontée courte mais drue. On passe en mode marche. Deuxième partie de descente, je ne peux pas suivre mon collègue. Deux, trois coureurs me dépassent. Arrive le bas de la pente et une route goudronnée, nous passons sous la nationale puis au dessus du ruisseau de la Cère. Nous avons dévalé plus de 1000 m depuis le plomb du cantal. 
Nous entrons dans Thiezac et commençons la remontée dans les rues du village.  18kms et 2h10 de course. Je sais que Christelle m’attend à la sortie du bourg. Je la vois en effet avec Titouan. Je ralentis pour qu’elle me prenne en photo. Je m’arrête, lui dis le plaisir que j’ai eu, que pour l’instant tout va bien, lui fais un bisou, ainsi qu’à mon petit Titouan puis repars.
Le sentier est maintenant étroit et monte fermement. Un concurrent ou deux devant avancent difficilement et créent un bouchon. Une file d’une bonne dizaine de coureurs se forme. Je pourrai monter plus vite mais me dis : autant profiter du bouchon pour monter tranquillement et préserver mes forces. Nous passons devant une espèce de grotte, nous ne pouvons toujours pas doubler. Je suis derrière un coureur plus âgé que moi, je ne vois que ses chaussures bleues et son k-way noué autour de la taille qui forme une espèce de jupe. Bizarre d’avoir pris un k-way juste pour les quelques gouttes du départ. Après une bonne douzaine de minutes, nous arrivons devant un petit portillon qui donne sur un pâturage. Enfin ! Chacun se libère et reprend la montée, raide, à sa vitesse, au milieu des gentianes. Nous arrivons au ravitaillement de la ferme des trielles que je « grille », comme le premier. La montée dans les pâturages qui deviennent pelouses continue. Nous passons un buron abandonné où deux randonneurs pique-niquent. Nous sommes en haut de la deuxième montée.

S’ensuit une descente sèche mais régulière. Mais voilà, assez rapidement, j’ai mal aux jambes. Je ne sais pas descendre. Plusieurs coureurs me passent. J’ai mal, me crispe. Put… de descente ! Elle est longue cette descente. Et dire qu’il faudra remonter tout ça. Nous arrivons sur un chemin herbeux, moins pentu mais humide. Le traileur devant moi essaie d’éviter les flaques, donc ralentit. Je passe devant et cours bien dans les portions humides en prenant soin de ne pas m’enfoncer. Il a compris, fait comme moi, plouf ! plouf ! Tant pis pour mes Adidas Riot. Tant pis pour ses Salomon Wings. 
Nous arrivons à la cascade du Faillitoux au 25e km. Il y a pas mal de spectateurs qui nous encouragent. Avant la cascade, il y a un ravitaillement. Je m’y arrête pour remplir mes bidons, boire un peu et chiper deux ou trois bouts de banane, ça change de mes gels.
Puis nous passons la cascade en s’agrippant à la corde de sécurité, les pieds dans l’eau bien sûr. Le coureur qui était avec moi me dit : « ça nettoie les chaussures ! ». Je le sens rassuré de savoir ses chaussures propres.
 Commence une remontée dans la forêt. Puis une descente dans un pré. J’aperçois loin devant, très haut, le pic de l’Elancèze. Qu’il est loin. Et dire qu’il va falloir monter là-haut. Nous remontons par la forêt puis débouchons sur un nouveau pâturage. La pente est féroce, au moins 30%. J’ai mal aux cuisses. L’Elancèze est toujours aussi loin. J’avance doucement, les autres coureurs aussi. C’est frustrant car d’habitude, ce genre de pente très raide, on l’a sur les pierriers proches des sommets et non pas sur un quelconque pré. Mon moral en prend un coup. Nous entrons dans une hêtraie. La pente reste dure. Il n’y a pas de chemin. On monte droit devant. A’ la sortie du bois, tout à coup, le sommet parait plus proche. De plus, on retrouve un sentier plus doux entouré de genêts. Une dernière grosse montée pierreuse, mais là c’est normal, et je franchi enfin l’Elancèze (1571m). Ouf ! La montée aura été dure.

Débute la descente. Toujours mal aux jambes. Toujours aussi mauvais descendeur donc toujours doublé mais avec un moral un peu meilleur. Au bout d’un kilomètre, j’arrive au col du Pertus. Il y a des spectateurs et le quatrième ravitaillement. Je prends une barre de pâte d’amandes. Un bénévole propose un gel anti-crampes. Ne connaissant pas le produit, je préfère ne pas prendre, peut-être à tort.
La femme du point de contrôle annonce à un coureur qui vient d’arriver après moi : « vous êtes le centième ». Quoi ! Je suis dans les cent premiers. Je décide de repartir tout de suite. Il reste à peine une douzaine de kilomètres. Mais les autres traileurs en font autant. Je suis remotivé. Nous sommes une bonne dizaine, étalés sur cinquante mètres. Le chemin est large, parfois plat, parfois montant. Nous alternons tous course et marche. Ce rythme dure longtemps. La fatigue musculaire se fait sentir mais tous les concurrents avancent résolument. 
Je me retrouve avec une jeune femme blonde avec un maillot bleu ciel. Elle me fait remarquer que nous sommes sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle. Nous discutons. Nous voyons le pic du Puy Griou et elle se demande si nous devons grimper ce mont. Je lui réponds que, d’après moi, non, mais que nous allons le contourner et que ça devrait monter. A’ son allure, je vois que c’est une habituée des trails. Son pas est sûr, sa démarche souple et déterminée. Il est évident qu’elle finira devant moi. Au bout d’un moment, elle se demande combien de km il reste. Je lui réponds que d’après mon GPS, il reste 8 kms si l’organisation a été sérieuse dans ses indications kilométriques. Et sur ce, elle accélère. Tchao, jolie blonde. Elle finira 5e féminine.

Arrive la montée proche du puy Griou. Je suis avec deux coureurs, l’un expérimenté, l’autre jeune. Ce dernier nous annonce que c’est la première fois qu’il fait un trail si long et qu’il n’en peut plus. Le plus expérimenté parle de l’oxygen challenge de l’an passé qui proposait un trail de 75 kms et qui passait par le Puy Mary. Je lui dis que je ne pourrai pas faire 75 kms  sur de tels parcours. Il me répond que si, c’est possible, parce qu’on le ferait moins vite. Finalement, il a raison. C’est vrai que, toute proportion gardée, on va assez vite sur ce trail et qu’on y laisse des forces.

Nous arrivons au col de rombière, reste 5 kms. Débute la descente, le coureur expérimenté s’éloigne. Le jeune n’en peut plus. Je lui propose de me suivre car je vais descendre lentement parce que je suis nul en descente et que je n’ai pas envie de me blesser si près de l’arrivée. La saison est encore longue avec le championnat du Canigou et les templiers au programme. Le jeune gémit, chaque foulée est pour lui synonyme de souffrance. Même si je suis mieux, mes quadriceps et surtout mes muscles au dessus des genoux sont en feu. Finalement, je laisse le jeune à sa souffrance. De toute façon, il ne le sait pas encore mais il aura fait une belle performance. J’accélère un peu, passe un névé pas très large mais assez profond. La neige monte à hauteur des cuisses cependant les coureurs précédents ont fait une trace étroite mais facile et nette. La descente raide dure près de 4 kms. Évidemment, je me fais doubler par cinq ou six coureurs, dont la sixième féminine.

Il reste un km. Nous remontons une piste de skis. Je vois plusieurs coureurs cinquante mètres devant moi mais cinquante mètres en montée raide, c’est une minute. Inutile d’essayer d’aller les chercher. Je regarde derrière moi. Personne ! Allez, je finis en douceur. Dernière descente, tout doux, les muscles font mal. Il reste à peine cent mètres. Dernier virage. 
Tout à coup, une tornade me dépasse. Il sprinte comme sur la fin d’un dix kms et arrive 10 m devant moi. Je passe l’arrivée à mon tour. Je m’aperçois que le coureur en question, c’est l’ancien avec ses chaussures bleues et son k-way (là, il n’a plus le k-way). Il est tout content de son coup. Il me dit que ça fait trois fois qu’il fait ce trail et qu’il le trouve toujours aussi dur. Je lui réponds un vague « oui, en effet ». Pour l’heure, je suis usé, mes jambes tremblent. Je reste 20 mm au ravitaillement d’arrivée et avale quartiers d’oranges, tranches de saucissons et morceaux de Cantal. Rassasié, je m’en retourne vers l’appartement et, avec plaisir, constate que malgré quelques douleurs, mes muscles ne sont pas tétanisés. Je n’ai pas trop puisé d’énergie pour la suite de la saison.
6h 03 mn 44s. 104e sur 363 arrivants. Je pourrai être frustré de ne pas être arrivé sous les six heures ou dans les cents premiers, ou de m’être fait « griller » par le fangio des derniers cent mètres. Mais non, je suis content. Le parcours était superbe, avec le soleil et Je ne pouvais pas faire mieux. La seule chose : Il faut vraiment que je trouve le moyen de progresser en descente.

vendredi 20 avril 2012

Trail "L'ardéchois": La montagne ardéchoise est verte, elle est belle,... elle est dure aussi.


Avant le départ

Il est 7 heures du matin, je mets le contact et le thermomètre de ma voiture affiche 2 degrés. Le soleil pointe en haut de la colline. Nous quittons le gîte sympathique, la maison Hérold, où nous passons nos vacances, direction Désaignes. Après un quart d'heure de route, nous arrivons au village départ qui grouille déjà de trailers. Nous nous garons près du camping, complet pour l'occasion. L'atmosphère se réchauffe un peu.

Je rejoins la ligne de départ. Christelle, mon amie commence à prendre quelques photos. Certains coureurs sont équipés de gants et emmitouflés comme pour la Saintélyon. Nul doute qu'au bout de deux kilomètres de course, ils seront obligés de s'arrêter pour s'alléger de ces vêtements encombrants. Personnellement, même s'il fait un peu frisquet, je préfère partir avec un simple maillot technique. J'ai choisi le maillot bleu aux couleurs du trail "Landes et Bruyères" que j'apprécie. Un trailer a choisi la technique du sac poubelle, bien connue sur les marathons, mais ici, pas question de laisser traîner le sac sur la route.

Je retrouve un coureur du Loir et Cher qui est hébergé en chambre d'hôte à coté de nous. Il est préoccupé car il a déjà fait la distance (57 kms) mais jamais le dénivelé (2400 D+). En fait, au vu de son expérience, étant comme moi plutôt raisonnable, il n'a pas à s'inquiéter. Je le retrouverai d'ailleurs le soir content de sa course. Je suis plus circonspect pour les 4 comparses que j'ai rencontrés hier à la pasta-party. Quatre jeunes, cheveux ras, peut-être des militaires ou des pompiers, qui n'ont jamais fait de trail et qui s'élancent pour le 57 kms. Seul un est équipé de chaussures de trail et un autre envisage de bifurquer sur le 34 kms. J'espère pour eux que tout se passera bien.
Dawa Sherpa passe devant nous. Il a l'air sympa. En fait, les spectateurs voient plus souvent les vedettes que des trailers comme moi qui ne peuvent les voir qu'au départ. Le speaker annonce l'imminence du départ, demande aux dossards préférentiels et à Thierry Breuil (aurait-il déjà gagné?), de passer à l'avant du peloton. Le speaker fait part aussi d'un évènement peu sympathique où des produits d'un stand d'un partenaire nutritionniste du village départ auraient été "empruntés". C'est vrai que ce n'est pas très cool. Surtout que "Monsieur le commissaire, le coupable est parmi les 1300 trailers présents".

 C'est parti! 

Allez! Une petite "ola" et c'est parti pour un tour de chauffe dans le village pittoresque de Désaignes. Le départ réel, chronométré, commence lorsque le premier repasse sur la ligne de départ. Personnellement, je me suis mis en deuxième partie de peloton, je souhaite partir doucement car les premiers kms sont exigeants. En effet, dès la sortie du village, la grimpette commence. Nous alternons marche et course. Dès le 3e km, je ressens une douleur au dos et aux cuisses. En fait les muscles sont froids et je suis parti trop vite... car tout le peloton est parti trop vite, effet de l'effervescence du départ.

A' partir du 4e km, la pente s'adoucit, c'est là qu'il faudrait courir. Je préfère calmer le jeu. La descente entre le 6 et 7e km est agréable et fait du bien, les douleurs disparaissent. Après le hameau de Sialles, la remontée, raide, recommence. Nous voyons les éoliennes, là-haut. Elles paraissent proches mais il faudra 3 km pour les atteindre. Nous arrivons enfin à la Citadelle, le point le plus haut (1196m) qui n'a de citadelle que le nom. En fait, c'est une pinède. Je vois Christelle avec son clic-clac Kodack. Je ralentis car je ne veux pas que la photo soit floue (prétentieux, va !).

 Ca roule.

Entre le 10 et le 17e km, nous sommes maintenant sur un faux-plat descendant, où alternent prairies de montagne, pinèdes et châtaigneraies, très agréables. Je commence à mettre raisonnablement, le turbo et commence à doubler pas mal de coureurs. Au 17e, nous sommes en vue du château de Rochebonne. Une coureuse, devant nous, nous dit qu'elle ralentit pour profiter de la vue. Elle a tout à fait raison. A’ trois ou quatre, nous faisons de même, car le point de vue est magnifique. Nous voyons, au loin, le mont Gerbier de Jonc et le mont Mézenc, et plus près devant nous la vallée de Saint Martin de Valamas.

Nous sommes maintenant au pied du château (de la ruine, plutôt). Un bouchon se forme devant le début du sentier qui annonce la descente. Cela me permet d'avaler un gel et de boire. C'est parti pour la descente, dangereuse, dans les ruines d'abord puis à flanc de montagne jusqu'à la cascade. Une fille devant moi glisse et chute, sans mal. Nous décidons de rester prudent, d’autant plus que ce sentier chaotique se prolonge et dure une couple de kilomètres.

Ensuite arrive la remontée vers Saint Jean de Roure. Nous sommes tous en marche active. Nous atteignons le ravitaillement au km 22 en 3h 05 mn, il y a beaucoup de spectateurs, Christelle est là. Encore une photo. Puis, une nouvelle montée est au programme.

Après quelques kms, nous retrouvons un faux-plat montant, l’allure est agréable malgré une sensation bizarre. Je double pas mal de coureurs, me fait doubler par quelques uns, et d’autres sont à mon allure. En fait, je m’aperçois que beaucoup ne font que les 34 kms. Soit ils sont usés et marchent, soit ils en ont « sous la godasse » et accélèrent pour les derniers kilomètres. Seuls ceux qui font les 57 kms sont au train.

Nous retrouvons les éoliennes. Je suis à l’aise et accélère. Mais, à un moment, je sens une petite contracture à la cuisse. Je ralentis, elle disparait. J’entame la descente à un bon train. Km 29, moitié du parcours effectué.

 Nous arrivons sur le long parcours

Au km 30, nous arrivons au croisement où il faut choisir entre le 34 kms et le 57 kms. Je suis en forme, cela ne fait qu’un peu plus de 4 heures et demi de course. Ce serait dommage d’arrêter maintenant (prétentieux encore !).La descente continue. Puis quelques remontées pour arriver au ravitaillement du km 34. Saucisson, fromage, barres énergétiques, eau, coca cola et c’est reparti. Tout va bien.

Une nouvelle descente puis nous passons sous la route départementale par un petit tunnel fait pour l’écoulement d’un ruisseau. Il faut baisser la tête, il fait noir, les pieds sont dans la gadoue. Pas très agréable mais cela ne dure qu’une quinzaine de mètres.  

Premières frayeurs

Encore une descente, « à l’aise, benaise. ». Et à un virage…AIE !! Le pied se tord. Aie ! Aie ! Aie !.« Est-ce que ça a craqué ? » me demande le trailer qui me suit. Je gémis « non ». Je marche, j’ai mal, trottine doucement, le pied bien à plat,  pendant 2 à 300 m. Le mal s’apaise. Je repars. Les pieds des trailers sont sur rotule amovible mais je sais maintenant qu’il faut faire gaffe et que je vais le payer dans les jours qui vont suivre.

Une nouvelle descente technique. Une fille, un petit chamois, me double et descend à vitesse grand »V ». Ces pieds affleurent à peine le sol et passent d’une pierre à l’autre. Elle me prend plus de 100 m en 300 m de descente. Un autre coureur me double. Suit un faux plat où je me refais une santé.

Tout à coup, le coureur devant moi oblique sur un sentier et crie à notre fille ailée, qui est 50 m devant « C’est par ici, c’est par ici ! ». Elle ne se retourne pas alors, de concert, on l’interpelle plus fort (On est gentil quand même). Enfin, elle se retourne et nous rejoins en nous remerciant. Merci, pas de quoi. En fait, un trailer a besoin des 3 yeux. Un pour regarder où il met les pieds, un pour le paysage et un pour le balisage.

Un coureur, avec un maillot vert me rejoins. On discute le bout de gras ensemble. Nous arrivons au bord de la route qui va vers Labatie d’andaure. S’ensuit quelques montées et descentes. Ca va ! Malgré la cheville qui me picote.

Pensées aux copains

Je me mets à penser à Eric, un copain de mon village qui fait, aujourd’hui, son premier trail de 30 kms en forêt de Perseigne dans la Sarthe, et à mon chef, pas parce que c’est mon chef (je ne suis pas un fana du boulot, surtout en vacances) mais parce que c’est un trailer et, en ce moment, il doit être à Plévenon, au départ du trail des « Landes et Bruyères » en Bretagne. Un trail super sympa. Allez !, par télépathie, « Bonne chance » à eux deux.

Je pense aussi aux copains de notre association de coureurs. Certains récupèrent des marathons de Barcelone et de Paris, d’autres préparent les marathons des côtes de Blaye et du Mont Saint Michel. Je leur vante souvent les bienfaits du trail, leur dit que c’est moins dur qu’un marathon, mais jusqu’à présent, j’ai eu peu de succès.

Une montée à fond

Arrive un large ruisseau à traverser. Pas d’autres solutions que de faire plouf ! plouf ! dans l’eau. Le ravitaillement du 45e km est en vue, Christelle aussi.

Allez ! Encore un peu de saucisson, de fromage et de Coca. Et puis, on y va. Déjà 5h 46mn de course, il reste douze bornes dont 3,5 km de montée vers Rochebloine. Je peux tenter de finir en 7h 30mn.

J’entame la montée à l’arrière d’un petit groupe. Je me sens bien, dépasse tout le monde. Un trailer me dit que si on va trop vite, on risque d’exploser. Il a raison mais j’aime les montées, me sens bien et donc, accélère encore. Je rejoins un coureur seul, le dépasse. A’ un moment, j’ai un doute sur le chemin, continue et retrouve du balisage. Je pète la forme. Je vois, à 100 mètres devant moi, un groupe dans lequel figure le trailer au maillot vert. Je rattrape le groupe, il reste 400 m avant le sommet.

On voit là-haut, les coureurs qui montent lentement entre les pierres et la lande. La montée durcit, il faut maintenant mettre les mains, il reste 200 m et là…les crampes me prennent. Sur les deux cuisses et les deux mollets. Je stoppe, attend 10 secondes, cela se décontracte un peu… mais je sais que j’ai perdu mon pari. Je fini lentement la montée, puis marche, cours un peu, doucement.

Un final cahin-caha

Le trailer sympa au maillot vert me repasse, je ne le reverrai qu’à l’arrivée maintenant. J’arrive à Nozière, il reste six kilomètres de descente. Je cours mais comme sur des œufs, entre la menace des crampes et la cheville douloureuse. 7 à 8 coureurs me doublent.

La descente est large, régulière, sans difficulté technique. Je rage de ne pas pouvoir en profiter. C’est sûr, je perds au moins une minute et demi au kilomètre. Tant pis pour moi.  On voit maintenant le village de Désaignes.

J’arrive au pont, Christelle est là. Clic-clac, c’est dans la boite. Reste la montée en faux-plat. Les spectateurs sont nombreux, nous encouragent et nous félicitent. Je rattrape presque le coureur devant moi, et puis je me dis que je ne mérite pas de le dépasser. Après tout, s’il est devant moi au bout de 57 kms, c’est qu’il est plus fort.

Je passe la ligne d’arrivée, content mais aussi frustré, vexé même car j’ai mal géré ma fin de course. Ma montre annonce 7h35mn. Je recherche le stand de ravitaillement. Un groupe musical dynamique et coloré nous accueille. Je suis usé, mes pompes aussi. Le petit bisou de Christelle me réanime.

En fait, je finis 179e sur 367 arrivants en 7h 39mn (les 4 minutes de différence sont liées au début où je suis passé sur la ligne de départ 4 minutes après le premier).

La montagne ardéchoise est verte,
elle est belle,... elle est dure aussi.


La photographe


Semi-Marathon Auray-Vannes



Il est presque sept heures du matin. La voiture se gare devant la maison. Je prends mon sac et m’engouffre à l’arrière. Ils sont tous là. Laurent notre chauffeur, bien sûr, Anthony, Eric et Martine, notre Présidente. Direction VANNES. Près de trois heures de route. Nous scrutons le ciel, menaçant mais sec. 



Après NANTES, tout à coup, des giboulées incessantes s’abattent sur la route. Bienvenue en Bretagne. Après une heure de déluge, à l’approche de VANNES, le ciel s’éclaircit, la pluie cesse. 

Il est 10 heures. Nous allons chercher nos dossards et flânons dans le village départ. Vers 11 heures, nous cherchons un coin tranquille dans les alentours, avec un banc, pour un casse croûte frugal. 



Un chien avec l’air malheureux tient en laisse sa maîtresse, une petite femme sans âge, complètement accroupie, les yeux exorbités et hagards. Bonjour ! Pas de réponse. La nuit a dû être dure. Puis nous croisons une bonne sœur, sur son vélo, qui marmonne des jurons incompréhensibles. Il y a des gens bizarres à VANNES. 


Nous prenons la direction des navettes pour Auray. Après 20 minutes de car, nous voilà proche de la zone départ. Martine ne voulait pas que l’on soit en retard pour ne pas stresser. Pas de danger, le départ n’est que dans 2 heures et demie. L’attente est longue. J’en profite pour boire mon litre d’eau mélangée avec du jus de raisin. Nous retrouvons Nadia, une collègue de Martine, qui a de la famille à Vannes et qui, comme nous, participe pour la première fois à ce semi-marathon AURAY-VANNES. Nous patientons et nous échauffons ensemble. 

Quand nous entrons dans le sas départ, des milliers de coureurs sont déjà là. Nous nous souhaitons bonne course puis essayons de remonter la file. Nous stoppons loin de l’arche départ, une cinquantaine de mètres derrière la flamme du meneur d’allure des 1h50. 

C’est parti ! Nous voyons, de loin la foule des premiers coureurs qui entament la côte du départ. Nous franchissons la ligne de départ environ 2 minutes après les premiers. 

Anthony est déjà loin. Avec Laurent, nous décidons de partir sur un rythme de 4 mn 40 au kilomètre. 

Pour remonter le peloton, il nous faut zigzaguer, prendre trottoirs et bermes, accélérer et ralentir fréquemment. Nous passons le 1er kilo en 4mn 45. Nous dépassons maintenant le meneur d’allure d’1h50. Nous accélérons. Au 3e kilo, nous avons 25 secondes d’avance sur notre timing. 

Arrive le pont de Bono. J’ai une sensation bizarre. Le pont bouge. Cela est dû aux centaines de coureurs qui courent dessus. On a l’impression de courir sur un mini trampoline. 

Premier ravitaillement, je prends une bouteille d’eau à la volée, la partage avec Laurent pour gagner quelques secondes. Nous continuons sur un rythme de 4hmn20 à 4mn 25 au kilo. 

Nous approchons de Baden (7e kilo). Il parait qu’il y a dans ce village une côte terrible. En effet, dans une petite rue étroite, sur 4 à 500 mètres, la montée est raide. Je raccourcis ma foulée. D’autres coureurs accélèrent, montent en force. A’ mi-pente, je sens un début de crampes sur tous les muscles de mes jambes, ce n’est pas normal. Manque de sucres, manque de protéines, je ne sais pas. Pas manque d’entrainement pourtant. Je ralentis encore. La côte est finie, je temporise, prend un gel sucré. Les douleurs disparaissent. Deuxième ravitaillement, c’est Laurent qui va chercher la bouteille. Ca m’arrange. 

Laurent relance et maintient une allure rapide, environ 4mn 20 au kilomètre. J’ai du mal à le suivre, lui dit de ne pas m’attendre. Je reste finalement derrière lui. Faux-plat descendant, ça va mieux. Nous apercevons, loin devant, à au moins 400 mètres, la flamme du meneur d’allure des 1h 40mn. Nous nous rapprochons doucement mais sûrement. 3 kilomètres plus loin, au 11e, il nous reste une centaine de mètres de retard. Débute une longue côte. Je temporise, craignant le retour des sensations de crampes. Finalement, ça va. 3e ravito, je prends un gel, attrape une bouteille, boit, partage avec Laurent. 

Km 12, c’est repartit. Sans être super, les sensations sont meilleures, je prends le relais de Laurent. J’essaie de revenir, sans trop forcer sur le meneur d’allure. 100m, 80m, 50m, l’écart se réduit. Laurent est toujours derrière moi. La route s’élève un peu, je n’ai plus qu’une idée en tête : revenir sur la flamme des 1h 40mn avec le calcul suivant : étant parti avec environ 2mn de retard sur lui, si j’arrive avec lui sur la ligne d’arrivée, j’aurais atteint mon objectif d’1h38mn. Mon regard reste rivé sur la flamme, plus rien d’autre ne compte. 40m, 30m, 20m, 10m. Il va vite ce meneur d’allure, il devrait être en 4mn 44 au kilo, mon GPS annonce 4mn 35. C’est dur. 

Ca y est, j’y suis, juste en haut de la côte, vers le 15e kilo. Je temporise derrière le petit groupe. J’essaie de me retourner. Mince, Laurent n’est plus là. Je reste avec le groupe d’une trentaine de coureurs. J’attends un kilomètre. Début d’une longue descente, je dépasse le groupe des 1h 40, prends 50 mètres d’avance. C’est super, la descente. 

Puis au loin, devant, je vois le long cordon de coureurs qui remonte une côte qui a l’air raide. Ce doit être la fameuse côte du Vincin. Les spectateurs ne se sont pas trompés, ils sont nombreux à cet endroit. En effet, c’est raide, j’ai mal aux jambes, réduit mes foulées, mes muscles sont tétanisés. Le groupe, ou ce qui en reste, du meneur d’allure me dépasse. 

Ouf ! La côte est finie. Le meneur est 20m devant moi. Je préfère temporiser. Il reste 2km. J’ai mal. Que faire ? J’hésite. Attendre Laurent ou aller chercher ce «p….. » de meneur d’allure. Je ne peux pas accélérer mais je m’aperçois que je ne peux pas ralentir non plus. Je suis en mode automatique. Mes guiboles ont une cadence et je ne peux pas la changer, même si ça me fait mal. C’est le genre de sensations que j’ai, d’habitude, en fin de marathon. Alors, je reste en chasse-patate. Avec ce maudit meneur d’allure qui me nargue 20 mètres devant, qui a la même allure que moi mais avec ces quelques mètres d’avance. Un faux plat montant dans une cité, j’ai mal. Flamme rouge, pas trop tôt. 

J’entends le meneur d’allure qui exhorte son petit groupe. Ah ! Je reviens sur eux. Le meneur d’allure braille, se retourne, nous interpelle, moi et les quelques clampins qui trottent aux alentours. Comment il fait pour avoir cette énergie, moi je suis mort. Je fais la jonction à l’entrée du stade. 300 mètres, la piste est douce. Je déroule jusqu’à l’arrivée. Top. 

Mon chrono indique 1h 36mn 48’. (Plus tard, mon classement avec ma puce indiquera un temps réel de 1h37mn 29’. Mystères de la chronométrie.) Mon temps est correct mais je me suis fait mal. Ce semi est une préparation du marathon de Vannes. Je pensais pouvoir préparer ce marathon sur une base de 4mn40 au kilo. Je sais déjà que ce ne sera pas possible, il vaut mieux viser 4mn45 ou 4mn 50. Tant pis. 

Laurent arrive peu de temps après moi. Il a géré son semi en préparation de Marseille-Cassis. Le ravito d’arrivée est bienvenu. Nous sortons du sas d’arrivée. Anthony nous attend, frais comme un gardon. Il a déjà rendu sa puce, été chercher son cadeau (un magnifique bol breton. Il faut aimer !) ainsi que le sac d’affaires qu’on avait déposé au départ. Un phénomène, cet Anthony. Un an de course à pied et un premier semi-marathon, plutôt difficile, avec du dénivelé, en 1h 29mn. 

Maintenant, la foule des 5000 coureurs se déverse à grand flots. Nous essayons de récupérer Eric et Martine. 

Eric termine en 1h52 et Martine en 2h06. Ils sont contents. En fait, on s’aperçoit, à part notre phénomène Anthony qui vient d’une autre planète, nous quatre, Martine, Eric, Laurent et moi avons une expérience qui nous permet de bien gérer ce genre de course difficile car mélange de vitesse, résistance et dénivelé. 

Direction, la douche dans de super grands vestiaires (bravo pour l’équipement sportif qu’est ce stade du Kercado). Nous décidons de rester pour la remise des prix. Non ! Non ! On ne pense pas être appelés parmi les lauréats de la course. Il y avait trop de kenyans devant nous. Mais à la fin, il y a une tombola avec une twingo (si, si, une vraie) à gagner. On commence entre nous à se demander qui va la ramener jusqu’à Etival, on se propose aussi de se la partager selon les jours de la semaine. 

Mais non, ce n’est pas nous qui gagnons. Pas de chance. Bon, il faut penser au retour maintenant. Martine a faim. Il faut trouver une boulangerie à Vannes. Il est 19h30 un dimanche soir. Nos recherches sont vaines. Tant pis, on attendra une aire d’autoroute. 

Le retour se fait tranquillement entrecoupé de deux haltes, une pour ma vessie semi-prostatique, une autre pour le ventre affamé de Martine. 

Il est 22h30. Laurent nous ramène chez nous. Merci chauffeur. 

Quelle journée.

Comment un homme de la plaine a fait la 6000D

A' l'origine, j'ai souhaité faire ce récit sur ma 6000D 2010 pour aider d'autres coureurs qui souhaiteraient se lancer dans l'aventure. Je suis un homme de la plaine. J'habite en Sarthe. J'ai 46 ans et je cours depuis 6 ans. J'ai commencé, comme tout le monde, par des 10 kms, puis des semi-marathons, puis des marathons.

Depuis 2 ans, je m'amuse sur des petit trails (15kms) dans ma région, puis j'ai fait quelques 30 kms (Gendarmes et voleurs de temps 2009 , "Landes et Bruyères" 2008 à Erquy). Passant mes vacances d'été en montagne, j'ai fait la K22 (22kms, 1300 D+) en 2008 et la course des refuges (30 kms, 1700D+ en 2009). Je suis un coureur moyen dont le seul but est de me faire plaisir. Pour vous donner des références, je cours un 10 bornes en 43 minutes, un semi en 1h 37mn et un marathon en en 3h23 mn.

Et puis, voilà....

Après mon marathon de La Rochelle, en novembre 2009, j'ai eu envie de faire un vrai trail (+42 kms) de montagne. Et j'ai tout de suite pensé à la 6000D (65kms, 3300D+).

En homme prudent, j'ai cherché beaucoup de renseignements sur l'entrainement sur internet et dans les revues, mais les récits des coureurs, très passionnés et intéressants, parlaient beaucoup de leur course (c'est humain) mais peu de leur préparation.


A) Ma préparation
Ce n'est sûrement pas la préparation optimum que pourrait vous conseiller un entraineur. Elle m'a juste permis de réaliser mon objectif: terminer la 6000D, sans être complètement usé.

1) Etablir un calendrier de courses
J'ai d'abord décidé d'établir mon calendrier de courses du 1er semestre 2010 uniquement en fonction de la 6000D. En février, j'ai fait un trail de nuit, dans la boue et pendant la tempête, de 14kms en Touraine.
En mars, j'ai fait le 50 kms de l'éco-trail de Paris, sans trop forcer (trail très sympa). Mon but était uniquement de faire une distance qui m'était jusqu'alors inconnue. J'ai eu peu de douleurs aux jambes mais quelques unes au dos.
6 semaines plus tard, début mai, j'ai fait le 32 kms de "Landes et Bruyères" à Erquy(22), joli trail de bord de mer que j'avais déjà fait en 2008 (C'était à l'époque mon premier trail de 30 bornes). 

2) Faire du gainage

Et là, par contre, j'ai compris que j'avais trop forcé et pas récupéré de l'éco-trail de Paris. J'ai eu mal au dos pendant huit jours. J'ai donc cessé tout entrainement pendant les quinze jours qui ont suivi...puis je me suis mis à faire, 2 fois par semaine, en fin d'entrainement, ce que tout trailer devrait faire régulièrement: du gainage. J'ai compris que c'était indispensable. En effet, à l'arrivée de la 6000D, je n'ai pas eu mal au dos. Je pense que c'est même utile pour la course sur route.



3) L'entrainement spécifique
Ensuite, j'ai préparé un entrainement spécifique de mon invention. En fait, j'ai pris mon entrainement marathon sur 8 semaines que j'ai adapté. Je l'ai structuré sur 4 séances hebdomadaires.

- Une séance de fractionné court sur une côte de 150 à 200 m à 10% (à faire 10 fois, sauf la dernière semaine (6fois)).
-Une séance de fractionné long sur un circuit de 500 m qui comprenait la côte de 200 m et la descente. J'ai fait soit 5x1000, 3x2000 ou 2x3000m (en semaine 4 et 6, cette séance a été remplacée par 2 petits trails de 13 et 11km près de chez moi). Ne pas faire cette séance la dernière semaine.
-Une séance de liaison à 75%FCM en terrain vallonné d'1heure à 1h15mn (étant en plaine, je n'ai trouvé que des côtes de 200m de long, si vous avez plus long chez vous, n'hésitez pas). 40mn seulement la dernière semaine.
-Une sortie longue, en vallonné, de 2heures (semaine1), 1h30 (semaine2), un trail d'entrainement (semaine3) près de chez moi (trail des forges) de 30kms (les 10 premiers km à 75%FCM, les 10 suivants à 85%, pour les 10 derniers, faites vous plaisir). 
Pour les semaines 4,5 et 6, j'ai trouvé à 50 kms de chez moi un parcours vallonné de quatre kms avec deux côtes de 100 m de D+ et 700m de long. J'ai fait 3h (semaine4, 1100D+) puis 2 fois 3h30 (semaine 5 et 6, 1300D+). Un conseil: trouvez absolument des côtes assez raides et assez longues qui vous obligent à faire de la marche active en montée et à vous entrainer aux descentes (le plus dur, en trail, ce sont les descentes). Personnellement, je pense qu'il faudrait des côtes de 2km de long avec 300 m de D+ mais on fait avec ce qu'on a. Enfin, semaine 7, une sortie d'1h30 en vallonné suffit. La dernière semaine , la sortie longue, c'est la course.
-Par ailleurs, je faisais une séance par semaine de renforcement musculaire (gainage, chaise et stepper) de 30 à 40 mn.

4) Préparer son matériel et son alimentation
Pour les chaussures, je voulais au départ faire avec mes chaussures de trail classiques à 70 euros (très suffisant pour un 30 bornes ou l'éco-trail de Paris) puis, par précaution, j'ai tout de même investi dans des chaussures plus élaborées (En l'occurrence, des salomon xa pro 3d ultra) et je ne l'ai pas regretté car, en montagne, le terrain est beaucoup plus éprouvant pour les pieds et la durée de course plus longue (pour moi, 10h15mn).
Par contre, plutôt que de prendre mon camelback (très bien pour une course de 3 à 5 heures), j'ai décidé d'acheter une ceinture avec 2 bidons (60 euros tout de même). 2 avantages: remplissage plus facile aux ravitos et possibilité d'avoir un bidon d'eau et un bidon de boisson isotonique. Inconvénient: il faut des ravitos toutes les 2 à 3 heures (cas de la 6000D) et moins de place pour mettre les gels et les vêtements.
En alimentation, j'ai pris mes gels habituels que je prenais toutes les demi-heures sauf aux ravitos qui étaient biens fournis. J'ai aussi pris des pastilles homéopathiques contre les crampes.

Surtout, bien penser à s'alimenter régulièrement.


B) ma course


Il ne fait pas chaud, ce samedi matin à 8 heures. Au vu de la météo, je me suis mis en textile léger mais à manche longue. Pour le glacier, j'ai emporté, une veste, manche courte, respirante légère ...et des gants. 



Au départ de Aime, je ne suis pas stressé et souhaitant être prudent, je me met dans la 2e partie du peloton (sans se mettre à la fin). Le départ est lancé. Dans la descente d'Aime, le peloton s'étire déjà. Nous sommes 700. Dès le 2e km, je n'ai plus froid. Le road book annonçait 8 kms de faux-plat jusqu'aux Esserts. J'ai prévu de courir jusqu'à cet endroit mais dès la fin du 4e km, la pente durcit légèrement et je préfère alterner marche et course. En fait, mon accéléromètre m'annonce 6 kms aux Esserts. Le parcours serait-il plus court que prévu?
La montée vers Longefoy est dure, les muscles sont froids et j'ai mal aux cuisses et au dos. Nous sommes à la file indienne. Je me contente de suivre. Entre Longefoy et Montalbert, la douleur s'en va. Ma marche active devient plus efficace. Après la montée de piste de Montalbert, le chemin s'adoucit, je reprends l'alternance marche et course, mais tout doux, cela dure quelques kms. Avant de reprendre des pourcentages plus difficiles, la dernière montée sur Aime2000 est dure. Nous sommes à 2100 m d'altitude. 1400 D+ d'avalé. La descente sur La plagne Centre est rapide et fait du bien. 

J'arrive au 1er ravito en 2h30 au moment où le speaker annonce que les premiers sont à la Roche de Mio. Comment font-ils ces extra-terrestres? Au ravito, je me trouve bien mais Christelle, mon amie, qui m'attend trouve que je suis fatigué, effet de la montée sans doute. Je reste peu de temps au ravito (3 à 4mn) puis c'est reparti pour une longue séance de marche active, avec un peu de course parfois dans les rares petites descentes ou faux plats. Vers le sommet de la Roche de Mio, le brouillard commence à s'inviter. Je passe celle-ci en moins de 4h. Dans la descente vers le col de la Chiauppe, le brouillard devient plus dense, je préfère être prudent même si la piste est large. Je me fais doubler par trois ou quatre coureurs.

Au ravito, je prends plus de temps. Christelle est là, elle me trouve mieux. J'enfile mes gants et ma veste légère. Je repars...et je rentre dans un autre monde. Le brouillard est maintenant très dense. On ne voit pas à 30 mètres. Pour trouver le chemin, je suis ceux de devant. Le dénivelé commence à durcir. On voit passer, face à nous, de façon fugitive, ceux qui finissent la descente, ils vont vite.

Et puis, à un moment ce n'est plus une pente, c'est un mur. Je suis le dernier d'un groupe de 15 à 20 coureurs. Derrière, ils ne sont peut être pas loin mais, avec le brouillard, je ne les vois pas. 3 ou 4 gars devant moi décrochent du groupe. J'essaie, lentement, de les dépasser et m'accroche aux basques du groupe. En fait, je n'ai pas envie de me retrouver seul dans cette purée de pois. Le mur est très long, près d'un kilomètre avec une pente de 40 à 45 % mais la montée, si elle fait mal aux jambes, se passe finalement bien. L'arrivée en haut est tout de même un soulagement. J'y suis en 5h 08mn.

Maintenant, il faut traverser le glacier dans la neige et dans le brouillard, on ne voit rien à 15 m. Je ne suis pas habitué à marcher sur la neige, je n'aime pas ça. Je suis le groupe mais, à un moment, nous sommes perdus. Nous revenons à la dernière rubalise mais ne voyons pas la marque suivante. 2 gars partent vers un endroit, reviennent au bout d'une minute. Trois autres vont à l'opposé, nous ne les voyons plus. Quelques instants plus tard, on entend un "C'est par ici" libérateur. Nous fonçons sur la neige vers l'endroit. Une dernière escalade de sentier rocheux nous est proposée, elle passe vite. En haut, un bénévole apparait dans le brouillard et nous dit que la montée est finie. Merci à lui, car, tout seul dans le brouillard et le froid, à 3050 m d'altitude, pendant plusieurs heures, il a dû en baver.

Il faut maintenant attaquer la descente. Sur le road book, j'avais vu une descente en lacet sur une sorte de piste de 4x4. Mais je me doutais, d'après la lecture de certains récits, que les organisateurs devaient nous faire passer ailleurs. En effet, en fait, le tracé de la descente est simple. Tout droit dans la pente à 45%, dans le brouillard. En plus, arrive une plaque de neige. Certains, habitués à la montagne, font du ski avec leurs pieds et leur bâtons. Je n'ai pas pris de bâtons, je n'aime pas ça. Alors... tant pis pour le ridicule, je me mets sur les fesses et je descends en glissade sur une trentaine de mètres. Ensuite, je reprends cette descente infernale, prudemment, me fais évidement doubler. Tant pis.

Nous retrouvons maintenant quelques concurrents en face de nous qui vont vers le glacier. Ils vont vers l'enfer...nous en sortons.

Au ravito retour du col de la Chiauppe, je me restaure correctement et rapidement (5 à 6 minutes). Christelle m'attend mais elle a froid. Je lui dis de redescendre sur la Plagne Bellecôte sans tarder pour se réchauffer. Un petit bisou et c'est reparti.
La descente vers le Dérochoir est pentue et un peu technique mais n'a rien à voir avec celle du glacier. Maintenant le brouillard se dissipe. Je reste prudent, je ne suis pas bon en descente. De temps en temps, un coureur me double. Chaque coureur est maintenant espacé de 20 à 50 mètres.

J’arrive au bas du col de l'Arpette. Je sens que les muscles commencent à souffrir. Je prends une pastille anti crampe. La montée est rude mais j'aime les montées, je double 5 ou 6 concurrents. Je suis en haut du col en 7h 07mn. La descente sur Belle Plagne est raide mais sur un sentier sans pierre donc agréable. Le ravito de Plagne Bellecôte est en vu, j'y suis en 7h 32 mn. Christelle est là, elle n'a plus froid. Je lui laisse ma veste et mes gants. Il reste 18 kms.

Je préfère rester prudent. Je reste 15 mn (eh oui, un peu trop) au ravitaillement, me restaure, prends une pastille anti-crampes et repars. Un gars me dit qu'on peut finir en moins de dix heures... et accélère. Je n'ai jamais fait 65 km et j'ai lu un récit où un coureur,"Raspoutine", en 2009, a eu des problèmes gastriques à quelques kms de l'arrivée. Je préfère assurer. Au début, il n'y a pas de pente, il faut donc alterner course et marche. C'est dur après 50 bornes. Puis la descente arrive. Entre les Coches et Montchavin, nous sommes parfois sur du goudron ou sur un sentier de pierre. Cela fait un peu mal. J'arrive à Montchavin en 8h 55mn. Je reste 5 bonnes minutes au ravito et je mange. Je commence à penser que, entre les ravitos, les gels et la boisson, en fait, un trail long c'est "la grande bouffe".

Je suis maintenant sur un petit sentier dans la forêt, double trois, quatre concurrents. Peu à peu, le sentier me semble interminable. J'alterne course et marche. Enfin, j'arrive à Sangot. Je suis rassuré, il ne reste que quelques km. Je me sens bien. J'accélère. Une dernière descente vers la rivière puis arrive la piste cyclable. Je vois plusieurs coureurs qui marchent. Moi, je suis bien, je cours, les jambes sont bien. Une passerelle, la montée dans Aime, la traversée de la rue commerçante où certains coureurs (sûrement des martiens) attablés aux terrasses de cafés boivent une bière et nous encouragent, et c'est l'arrivée. Je rejoins un concurrent qui m'avait doublé après Montchavin mais il se met à sprinter. Je reste sur mon tempo. Christelle est là, me photographie, je ne suis pas expansif mais je lève les bras. Je passe la ligne. Je suis simplement heureux. 

En fait, même pour un homme de la plaine, ça se fait, la 6000D. J'arrive 477e en 10h15mn 39. Je pensais la faire en 10 heures. Je suis presque dans les temps. Je n'ai pas trop de douleurs, moins que pour un marathon. Je dis à Christelle qu'il faut quand même être débile pour faire un tel truc. Elle m'informe que le premier de l'ultra6000d (110km) est arrivé en un peu plus de douze heures. Ça me rassure, je suis débile mais il existe des ultra-débiles. 
..Mais peut-être qu'un jour, finalement, pourquoi pas faire un ultra?