jeudi 11 juillet 2013

Marathon du Mont-Blanc: Petite ballade chamoniarde.


Fin septembre 2012, des collègues décident d’organiser un déplacement pour le marathon du Mont-Blanc. Qui est partant ? Oui, bof, pourquoi pas. Finalement, je m’inscris, début octobre, juste quelques heures avant la clôture des inscriptions.
Après un hiver de récupération, un bon début de printemps sur des 10 kms, un premier trail de préparation en Bretagne, voilà que je me fais une grosse entorse 7 semaines avant la course. 2 semaines d’arrêt d’entrainement, une reprise en douceur, puis trois grosses sorties d’endurance notamment, et me voilà, ce matin, au départ du marathon du Mont-Blanc, qui n’a de marathon que de nom puisque c’est un vrai trail de montagne.

Je travaille dans une banque régionale. Notre petit groupe est composé de Marc et Eric, deux administrateurs originaires de la Mayenne, de six collègues du Maine et Loire (deux informaticiens, Thierry et Francis, un responsable des affaires internationales, notre organisateur Jérôme, un spécialiste de l’agriculture, Marc, un salarié de la DRH, Mikaël, et un jeune Adjoint à Directeur d’agence, Guillaume), et de deux Sarthois, Michel, Directeur de l’agence où je travaille (nous avons la même passion) et moi assistant clientèle et par ailleurs délégué syndical.

Hier, le temps était déplorable. Pluie et froid. Il est presque 7 heures du mat, la météo annonce du soleil. Pourvu qu’elle dise vrai. Nous sommes  plus de 2000 concurrents. Notre petit groupe se disperse un peu avant le départ, sans précipitation.
Ça y est, le peloton s’élance. J’ai décidé de ne pas forcer sur ce trail, par précaution. Je pars doucement. Sur le premier kilomètre, pas mal de coureurs me dépassent. Ou vont-ils si vite ? Au 2e kilo, cela commence à se calmer. Nous sortons de Chamonix, le chemin est large et plat. Cela permet au peloton de s’étirer. Du 3e au 5e kilomètre, j’accélère un peu pour doubler facilement, sur le bord du chemin, plusieurs dizaines de concurrents, puis je reprends un tempo raisonnable. Les grosses difficultés commencent au kilomètre 18 donc ne pas s’affoler. Petit à petit le chemin rétrécit, quelques brèves montées apparaissent. Je garde mon tempo, double les téméraires qui étaient partis trop vite. Kilomètre 10, premier ravito à Argentière, je zappe. J’ai mon ravitaillement sur moi et ai décidé de respecter scrupuleusement mon protocole d’alimentation afin d’éviter la mésaventure qu’il m’était arrivé sur les Templiers. 

Un ralentissement se produit à l’entrée d’un « single », les coureurs marchent. Au bout de 100 mètres, début de montée.  Surtout, ne pas s’épuiser prématurément. Cela dure une couple de kilomètres, le pourcentage de montée n’est pas extraordinaire. Puis reprise du mode course. Cela descend maintenant. Arrivé à Tré le Champ, nouveau single puis un chemin plus large en légère descente, toujours cool, je fais attention à ma cheville. Vallorcine et son ravitaillement sont en vue. J’y suis en 2 heures.
Au ravito, je prends le temps de remplir mes bidons, un bénévole m’aide. Super sympa. Je repars, fais quelques centaines de mètres puis vois la file indienne qui attaque la grosse montée sur les Posettes. Ceux qui en ont utilisent leurs bâtons. Personnellement, je n’en prends pas, j’ai du mal à les utiliser et, franchement, sur un tel parcours, ils ne sont pas très utiles.
Comme on ne peut pratiquement pas doubler, je suis la longue cohorte. Là, le pourcentage est rude. Surtout ne pas se mettre dans le rouge. Certains essaient de forcer le passage, ils s’échinent et s’épuisent inutilement. Le petit chemin s’élargit un peu, me mets aussi à doubler uniquement ceux qui sont conscients qu’ils sont de piètres grimpeurs et nous laissent passer ou ceux qui soufflent déjà à perdre haleine.

Trois kilomètres de cette rude montée puis nous arrivons sur une large piste. Cela grimpe toujours mais plus raisonnablement. Mode marche rapide. Tout va bien. Au bout d’une couple de kms, nous arrivons sur l’alpage du col des Posettes. Vue magnifique sur le massif du Mont-Blanc. Un beau soleil. Pas un nuage. Le massif impressionnant se dessine sur un ciel bleu d’azur. Il fallait venir là juste pour cette image.

Je reprends la montée vers l’aiguillette des Posettes, en alpage, puis sur un chemin plus étroit et pierreux. Un petit kilomètre et nous sommes au sommet. Encore un regard sur le spectacle qui s’offre à nous puis j’entame la descente.
Mauvais descendeur, avec une cheville encore capricieuse, je prends mon temps, me laisse doubler. Inutile de faire le kéké. De toutes façons, ceux qui descendent vite sont soit meilleurs que moi et je ne les reverrai pas, soit des gars qui me prendront 5 à 10 mn, vont s’éclater les quadriceps et je les reverrai sur la montée.

Sur trois kilomètres, la descente est technique avec des espèces de marches, je fais attention. Puis le chemin se met à descendre en lacets sans trop de pierres. Là, sans problème, je peux suivre les coureurs qui me précèdent. Nous arrivons au hameau du Tour, des spectateurs sont là et m’encouragent « Allez Pascal ! Allez Pascal ». Je dois être connu ici. 
Non pas du tout mais nos prénoms sont inscrits sur les dossards et ces encouragements donnent chaud au cœur. Encore 3 kilomètres en légère descente puis nous approchons du ravitaillement de Tré le champ.
« Allez Pascal ! Allez Pascal ». Merci, je vous en prie. « Allez Pascal, Allez Pascal ».

« Allez Francesca ! Allez Francesca » Comment ça, allez Francesca ? Je me retourne et vois près de moi une jolie blonde. Evidemment, à l’applaudimètre, je ne fais pas le poids.
A’ l’entrée du ravito, je vois Agnès, la compagne d’un de mes compagnons d’aventure. Elle me prend en photo, me demande si tout va bien, lui répond que oui.
Au ravito, je remplis mes bidons. De nouveau un bénévole m’aide. Vraiment accueillants ces bénévoles. Puis je repars, 31 kilomètres de parcourus, encore 11, mais pas le moindre bobo ou la moindre douleur.

Nous montons dans la forêt sur le flanc de la montagne. La montée est entrecoupée de légers faux plats et quelques descentes où on peut relancer. Je commence, sans forcer, à doubler quelques concurrents. Je suis bien, à l’aise. Francesca est toujours avec nous. Elle est anglaise. Nous sommes un groupe de quatre, cinq coureurs, qui avons la même allure. On se suit sur une vingtaine de mètres.
Je prends le temps de manger, tranquillement, en marchant. L’arrivée se rapproche mais il reste presque 2 heures de course. A’ un moment, nous apercevons, en hauteur, une arrivée de télécabine (ou télésiège, je ne sais plus). C’est la Flégére, dernier ravitaillement. Cela grimpe plus fort, mais finalement, ça passe bien.

Au ravito, dernier remplissage de bidon, puis c’est reparti. Reste 6 km. Nous sommes maintenant en balcon au-dessus de Chamonix. Le petit chemin est quasi plat. Nous pouvons courir. Lors des traversées de pierriers, je préfère marcher. Pas envie mettre à mal ma cheville. Ce chemin dure quelques kms  puis nous passons sur une zone en peu plus aérienne. Il convient de faire attention. Je ressens un peu de fatigue mais rien d’anormal. Une petite montée technique puis une descente toujours sur le sentier. On entend, au loin,  la sono d’arrivée. Petite montée sur le sentier puis nous arrivons sur une large descente, une piste de ski, je suppose. 500 m de descente puis nous apercevons tout là-haut l’arrivée. Il reste moins de deux kilomètres mais, comme qui dirait, la pente est rude.

Francesca est à mes côtés. Elle a un peu de mal dans la montée. Allez, je ne vais pas être un gougeât. Je l’attends et l’encourage. Plusieurs coureurs nous doublent. Pas grave. La foule de spectateurs est dense. Ils crient, ils vocifèrent, nous encouragent. On se croirait en haut d’un col du tour de France. Il reste 200 m, c’est un mur qui s’offre à nous. Francesca peine. Allez ! Deux autres féminines nous rejoignent. Elle accélère enfin, il reste trente mètres. On peut courir. Je laisse passer les dames. Stop. C’est fini. 
6H22 mn. 659e. Pas mal aux jambes. Pas de crampes. Je suis heureux. J’ai respecté mon protocole alimentaire, je ne me suis pas mis « dans le rouge ». Je pense que je peux faire, dans six semaines, mon prochain objectif : le trail Ubaye Salomon, un 42 km avec 2500 D+ et 2500 D-.
Au ravito d’arrivée,une bière est offerte. Pourquoi pas ? Elle est bien fraîche. Je retrouve Guy, le beau-frère de Michel, membre du club d'Endurance 72. C'est bizarre, nous arrivons à 4 secondes l'un de l'autre et on ne s'est jamais vu sur le parcours. Lui aussi à l'air en forme.
En face de moi, je vois le massif du Mont-Blanc, et j’aperçois le Mont-Blanc lui-même tout là-haut, sans un nuage. Magnifique.

L’ensemble de mes compagnons arrivera sans encombre avec des souvenirs plein la tête d’une belle ballade chamoniarde. Une mention à Francis, qui avant cette équipée, n’avait fait que des semi-marathons et un trail de plaine de 28 km.

mercredi 24 avril 2013

Trail de l'Odet: Viva Stangala !


Six mois ! Six mois sans faire de trail. Depuis le trail des Templiers. Une coupure annuelle, puis une reprise d’entrainement interrompue par une vilaine blessure au cœur de l’hiver. Un entrainement axé sur le renforcement musculaire et la VMA avec  deux courses de 10 km en mars et avril (40mn 57sec et 39mn 59 sec). Et puis voilà.
Je suis là au départ du trail de l’Odet, un 26 km près de Quimper, profitant d’une semaine de vacances en Bretagne. Le but de ce trail : un entrainement, un retour aux sources, vérifier mon protocole d’alimentation en course défini cet hiver, retrouver des sensations.
Je m’installe à 10 m de la ligne de départ, laissant cette distance pour que les meilleurs s’agglutinent devant. Mais non, personne n’a l’air stressé ou pressé. Résultat, le speaker nous demande d’avancer et je ne retrouve en deuxième ligne avec les costauds. Flagornerie de courte durée, je me dis. Cinq, quatre, trois, deux, un ! C’est parti ! Tiens, je reste au contact des premiers. Cinq cents mètres, huit cent mètres. Ils ne sont que trente mètres devant. Nous sommes en 4mn 10 au kilo.
 Je ralentis par mesure de sécurité. C’est y est le terrain, tout en restant roulant devient un peu moins carrossable. Les meilleurs s’envolent. Je me fais doubler, ça me rassure. Pendant quatre bons kilomètres, le sentier reste roulant et praticable, je suis à 4mn 30 au kilo, à l’aise. Puis nous entrons dans un champ labouré, les chevilles sont sollicitées. S’ensuit un chemin d’abord à travers prés puis le long d’un petit ru. Bonjour la boue.
Puis arrive les premiers « single », en dévers, au milieu de bois en pente. Vers le septième kilomètre, arrive l’Odet. Il faut traverser la rivière. D’abord se mettre en équilibre sur un gros tronc d’arbre horizontal, qui commence à être glissant puis sauter dans l’eau. Pas le temps de savoir si elle est froide. On a de l’eau jusqu’en haut des cuisses, le courant est fort, quinze mètres de traversée avec beaucoup de cailloux dans le lit de la rivière. Deux cordes de sécurité sont installées et une jolie plongeuse blonde (Marina de son prénom nous a dit le speaker) veille sur nous au milieu de la rivière.
La sortie est glissante. On repart. Puis, s’ensuit de longs mini sentiers, tortueux, caillouteux tour à tour montant puis descendant sur le flanc du Stangala, un promontoire boisé de 120 m au-dessus de la rivière. C’est le point d’orgue de ce trail. Je me fais doubler régulièrement, notamment dans les descentes où je suis toujours aussi nul,  mais je n’essaie pas de suivre. Je reste à mon allure. Depuis le début d’année, je n’ai fait que deux sorties de plus de 20 kilomètres et une seule vallonnée. Donc prudence.

Les kilomètres s’enchainent sur ses petits singles usants. Les flancs du Stangala sont finis. Maintenant nous longeons la rivière sur un petit chemin relativement plat mais tortueux, plein de racines et de pierres. Attention aux chevilles, je ne lève pas les yeux du sol. Ce chemin dure plus d’un kilomètre, puis, par une passerelle, nous traversons la rivière puis la longeons  dans l’autre sens. Le chemin est plus large. Cela me permet de voir ceux d’en face qui sont sur le sentier que j’empruntais voilà quelques minutes. Je peux allonger ma foulée.
Après deux bons kilomètres, nouvelle traversée de rivière, l’eau monte jusqu’à la taille. Le fond est moins caillouteux à cet endroit mais le courant est fort. Marina n’est pas là, c’est Robert qui la remplace. Je ressors du bain. Direction, une succession de prairies. Je sèche rapidement malgré tout. Nouveaux « singles » tortueux dans une pente boisée. Je maintiens une bonne allure. Je passe une écluse, je suis seul. Personne devant, personne derrière. Je m’engage dans un bois, les chemins sont plus larges mais les rubalises se font rares.
Je fais attention à ne pas prendre un mauvais chemin. Seul, toujours seul. Cela dure un certain temps. Finalement, je vois des signaleurs, je suis sur le bon chemin. Je commence à cogiter. Combien y a-t-il de V2 devant moi ? 25 kilomètres de fait. Il reste maximum 1kilomètre et demi. J’aperçois deux concurrents devant, je me retourne, personne derrière. Allez ! Je les rattrape. Doucement, je fonds sur eux, les dépasse. Mais près de 27 kilomètres à mon GPS et toujours pas d’arrivée. Une côte, je temporise et marche. Erreur grave. Trois énergumènes me doublent. D’où viennent-ils ? Le temps de me relancer, ils me prennent 30 mètres. L’arrivée est là, à 300 mètres. Je force l’allure mais eux aussi.
Je passe l’arrivée en 2h 38mn 12 secondes. Je suis content de mon temps pour un trail de reprise. Globalement heureux, je ne me sens pas usé. Juste un peu déçu de m’être fait bêtement doubler à la fin par ces trois coureurs. Finalement, aux dires de tous, ce trail s’avère assez technique. Première préparation pour le marathon du Mont-blanc prévu fin juin.

Deux jours plus tard, j’apprendrais mon classement en regardant internet : 58e sur 195, mais quelque peu frustré puisque je finis 4e V2 sur 34 et, évidemment, le 3e V2 finit 10 secondes devant moi. C’était un de mes trois énergumènes. Tant pis pour moi. 

mardi 6 novembre 2012

Grande course des Templiers : Plaisir et douleurs.


Dès le début de ma saison, j’avais mis la grande course des templiers comme objectif d’automne. N’ayant jamais fait une telle distance (72 km), c’était un peu l’aventure. Je décide de demander conseil à Eric, un entraîneur chevronné.Et comme par hasard, il m’informe qu’il fait lui aussi cette course ainsi qu’un groupe de sa connaissance composé de plus d’une vingtaine de coureurs, certains sur le 29km (la Mona Lisa), d’autres sur le 40 kms (le marathon des causses) et d’autres sur le 72 km.

Dans la voiture qui nous emmène vers Millau, je comprends vite que mes quatre camarades de voyage (Eric, Patrick, Bruno et Vincent) sont d’un niveau largement plus élevé que le mien. Je fais un peu « randonneur » à leur côté. Julien, un autre traileur de bon niveau, a réservé pour la vingtaine de coureurs des chalets à Rivières sur Tarn. Je me retrouve logé avec mes quatre amis de voyage. Le samedi, nous allons chercher nos dossards dans le village départ, on sent l’ambiance monter, d’autant que le départ de la Mona Lisa puis du marathon des causses est donné.

Au retour, nos coureurs nous informent qu’il fait un froid de canard sur le causse. Pas rassurant. La météo annonce une forte baisse de la température pour cette nuit. -4 avec ressenti -9 sur le causse pour la fin de nuit prochaine. J’ai pris les vêtements (avec les trois couches : respirant, chaud, isolant) en conséquence mais, malgré tout, je ne suis pas si rassuré.

Comme des bébés, nous sommes couchés vers 20h30. Réveil à trois heures du mat. Direction Millau. Il fait froid. Nous nous garons loin du départ. Les 2300 coureurs convergent vers les sas. Nous ne sommes pas en avance. Nous nous éparpillons. A’ cinq minutes du départ, j’ai perdu mes colocataires.  Il est presque 5h15mn, heure du départ. Au milieu du peloton, l’ambiance se réchauffe d’autant plus que la sono commence à diffuser la musique d’ERA. Nous allumons nos frontales. Les fumigènes rouges s’allument dans le ciel, le départ est donné. C’est grandiose.

Désenchantement. Mon GPS ne se met pas en route. Je me mets sur le bas-côté, essaie de relancer la demande satellite plusieurs fois, rien à faire. Tout le peloton est parti. Tant pis, j’y vais à l’ancienne, juste avec le chrono. Je pars donc bon dernier. Ah non, je vois deux ou trois retardataires qui, comme moi, essaient de rattraper le peloton. Je ne stresse pas. Je sais qu’il va y avoir des bouchons mais sur 72 km, j’ai le temps. Je double un peu sans forcer. La route est large sur deux kms puis plus étroite. La montée commence, légère au début, puis un peu plus prononcée. Certains marchent déjà. Je double en trottinant. Nous nous engageons sur un chemin qui grimpe dur. Comme tout le monde, je passe en mode marche. Bouchon. Nous montons tranquillement la longue côte de Carbassas. La montée est longue, près d’une demi-heure. Le sol est gelé, la pente est glissante par endroits. J’essaie de relancer mon GPS. Après plusieurs tentatives, en haut de la côte, il se met enfin à fonctionner, avec au moins 6 ou 7 km de retard.

Une heure de course, je mange mais ma barre alimentaire s’est durcie avec le froid. Mes dents ont du mal à la couper. Allez ! Je suis sur le causse maintenant. Le chemin est large. Je peux enfin courir à mon allure. Sans forcer. Je suis à 5mn 40 au kilo. Je double tranquillement. Il fait froid, il y a du vent et quelques flocons de neige tombent mais mes vêtements sont bien adaptés. Mon bonnet et mes gants sont chauds. Finalement, je suis bien. Petit à petit, le jour se lève. Après 12 kms de causse, nous entamons la descente, large et douce au début. Je double encore. Puis le chemin devient monotrace et plus technique. Nous voyons Peyreleau (22e km). 1 er ravito. J’y suis en 2 h35 mn (1246e).

Je reste 3 mn au ravito puis j’entame la remontée sur le causse. Nous sommes à la queue leu leu. Cela n’avance pas vite mais impossible de doubler. Ce n ‘est pas grave, je garde des forces. 3 ou 4 km de montée. Enfin, un chemin large. Nous sommes presqu’en haut du causse. Je peux doubler. Je trottine. Vers le 30e km, je double Urbain. Il me dit qu’il a un problème au genou. Je lui réponds de continuer tranquillement. Maintenant, la végétation du causse change. Nous étions protégés par des arbustes, nous sommes maintenant au milieu des champs. Le vent est glacial. Le deuxième ravito, Saint André de Vézines, est en vue. 4h04mn de course (1042e), 34,5 km de fait. Tout va bien.

Nous sommes dans une grande grange. Je veux prendre mon tube d’Isostar mais quand j’ouvre, les cachets, sous les chocs répétés, se sont transformés en poudre et j’en déverse plus de la moitié à côté. Par ailleurs, mes barres énergétiques sont toujours aussi difficiles à manger. « Allez ! Tant pis, je me casse. » D’autant qu’il fait froid dans cette grange.

A’ part le vent froid sur ce causse dégagé, tout est ok. Je fais une pause technique. Avec le froid, mon petit tuyau n’est pas bien vaillant. C’est reparti ! J’arrive en haut d’une falaise. Nous sommes en chemin monotrace, la vue est splendide. Nous traçons en balcon sur quelques kilomètres, les photographes sont là. Devant moi, un petit groupe fait les fanfarons pour la circonstance.


Notre petit groupe entame la descente. Celle-ci est technique et glissante. Je me retrouve sur les fesses mais le moral est là. Malgré la difficulté, l’allure est rapide. Je suis quelques coureurs aguerris. A’ un moment, l’un d’eux nous dit que le paysage est splendide. Il a raison, nous levons les yeux et voyons sur une falaise voisine, un petit hameau, semi désertique. C’est beau ! Mais il faut continuer. En bas de la descente, nous sommes à la Roque Saint Marguerite, nous traversons la Dourbie.


Troisième difficulté de la journée. Je montre tranquillement en marchant, bois et mange. Nous arrivons maintenant en haut du causse du Larzac. Cela me rappelle des souvenirs.
 Voilà une dizaine d’années, j’étais venu en vacances par ici et, par hasard, au hameau de Montredon, à 7 ou 8 km d’ici, j’avais vu une vedette, le patron des lieux, en bottes, en train de nourrir ses animaux, José Bové. De même, dans une ferme avoisinante j’avais trouvé un super pastis, le « pastis des Homs ». C’était il y a longtemps.

Retour à la course. Le3e ravito est en vue. Pierrefiche, 48,5 km en 6h21mn (916e). Il me reste 23 kms. J’avais prévu 12 heures de course, j’envisage l’espoir de finir en moins de 11 heures.  Le soleil pointe le bout de son nez. Les copains qui ont fait le 29 ou le 40km hier sont là. Ils m’encouragent, tout va bien. Au ravito, j’essaie de retrouver les barres aux amandes si délicieuses que j’avais prises à Saint André de Vézines, en vain. Dépité, je repars.


Je trottine quelques kilomètres sur le causse. Des petites douleurs apparaissent. Au bout de plus de cinquante km, s’est normal. S’ensuit la descente, un peu longue. Nous revenons au dessus de la Dourbie. L’allure est bonne. Cependant, le long sentier, étroit, en devers, commence à me faire mal. Sensation bizarre. Il est long ce sentier au dessus de la Dourbie. Nous abordons une montée. Je sais qu’elle est nouvelle par rapport aux éditions précédentes. Sur le papier, elle est courte. Dans les faits, elle m’use. Je ralentis. Pourtant pas dure mais j’ai du mal. Enfin, en haut. Vivement la descente. Mais celle-ci aussi me fait mal. Les crampes sont là.

Je vois le pont sur la Dourbie, puis le hameau : Massebiau. J’ai mal. Je passe le hameau. Au loin, je vois Millau et le viaduc. 60e km, reste 12km. Mais quels kilomètres ! J’entame la montée. Quelques hectomètres. Mal. Je titube. Un spectateur me demande si ça va. Non ! Ca ne va pas. Je continue. Les jambes sont bloquées. 3 km de montée, je ne pourrai jamais. Je m’arrête, m’affale sur le flanc de la colline. Au fait, depuis combien de temps, j’ai mangé ? Je ne sais pas, je ne sais plus. Envie d’abandonner. Cela ne m’est jamais arrivé.

Je suis assis, les coureurs passent. Je prends un gel anti-crampe, j’aurai dû le faire plus tôt. Je repars, gémit. Cinquante mètres. J’arrête. Un coureur me lance, de façon péremptoire : « Allez ! On monte ». Il a raison. J’essaie de suivre.  Je ne le suis pas, mais j’avance. Péniblement. Par à-coups. La côte est longue. Je me fais doubler. Je suis un zombie en marche. La côte durcit encore. Je n’aime pas les bâtons mais j’avoue que là, ça m’aiderait bien. Le haut est abrupt sur quelques centaines de mètres. Je suis à quatre pattes. C’est long, c’est lent, c’est dur. Interminable !  Enfin, en haut ! Des spectateurs nous disent que le ravito n’est pas loin. Plus d’un kilomètre en claudiquant, là où les autres courent. Là-bas, la ferme du Cade, le ravito, enfin.

J’y suis, je mange, prend une soupe, me réchauffe. Je suis pris de tremblements. Il y a un coin avec des bancs. Y sont assis d’autres zombis comme moi. J’y reste un bon quart d’heure. Bon, faut pas rester là, sinon je vais y mourir. Je reprends un gel anti-crampes.
Je repars, passe le tapis qui calcule les temps intermédiaires. 9h47mn de course (976e). Il reste 7,5 km, soit dans mon état au moins 2 heures de course. De marche plutôt. J’essaie bien de courir sur le causse mais les jambes ne veulent pas. Malgré tout, je sais maintenant que je peux finir en gérant mes douleurs. Au bout de 10 mn, je vomis ma soupe. Déchéance.

Arrive l’avant-dernière descente. 200 m de D-. En plus, ça glisse. Il doit faire 2 degrés. Le sentier est raide et boueux. Fin de descente. Replat mais je ne peux toujours pas courir. Maintenant, c’est un flot continu de coureurs qui me double. La dernière montée arrive. Je vois là-haut l’antenne téléphonique. C’est un mur qui se présente à nous. Sans vergogne, tant pis pour le style ou ma fierté, je monte à quatre pattes puis sur la fin je rampe le long des hautes « marches » pierreuses. Au moins, je n’ai pas de crampes aux bras. Dernière escalade. L’antenne est là. Tout à coup, un vent violent survient. Il balaie tout le haut du causse. Ne pas rester là pour ne pas attraper froid.


Je peux courir un peu sur le replat. Cela ne dure pas longtemps. La dernière descente arrive. Encore plus boueuse que la précédente. Je laisse passer les coureurs. Une petite montée. Voilà la grotte du hibou. Une vingtaine de mètres dans ce sombre tuyau. Une grosse marche au milieu. Je manque de tomber, m’accroche à la paroi. Sortie de la grotte et tout de suite la descente. En fait, un toboggan de boue. Pour descendre, il faut s’accrocher aux arbres. Je ne prends pas de risques, me fait doubler encore et encore, n’hésite pas à descendre deux ou trois passages sur les fesses. Ca me rappelle le glacier de bellecôte sur la 6000D. La descente en sous-bois dure bien vingt minutes. Puis tout à coup, je vois des champs. Des spectateurs nous disent qu’en trottinant, il reste un quart d’heure maxi. 11h40mn de course.

Allez ! Je vais essayer de finir en moins de 12 heures. Je me remets à courir, pas vite mais au moins je cours. Le sentier est large. Je me fais encore un peu doubler. Je vois maintenant l’arrivée, un petit muret à sauter. Gamelle devant les spectateurs. Ridicule jusqu’au bout. Cent mètres de bitume. Arrivée. 11heures52mn. 1156e. Fin de partie.


Les autres copains sont arrivés depuis bien longtemps (Patrick 234e en 9h14 ; Julien 252e en 9h17 ; Bruno 284e en 9h24 ; Eric 295e en 9h25 ; Claris 483e en 10h10 ; Vincent 670e en 10h41) Même Urbain, qui était mal au trentième km, arrive trois minutes après moi.
Après analyse, pour la première fois, je sais que j’ai atteint ma limite.
Moi qui rêvais d’ultra, je sais qu’il me faudra patienter. Ma défaillance est sûrement d’abord due à une mauvaise alimentation. Il va falloir que je me construise un protocole alimentaire strict car sur les longues distances, ce paramètre est primordial, je viens de l’apprendre à mes dépens. Il va aussi falloir que je travaille beaucoup mon renforcement musculaire et ma VMA.
Pour l’heure, après un hiver qui va me servir à revoir et à travailler mes fondamentaux, je pense orienter ma saison 2013 sur des courses plus courtes pour reprendre de la vitesse (ça fait plus de deux ans que je n’ai pas fait un 10 km), tout en incorporant le marathon du Mont-Blanc (en juin) et un marathon en fin de saison.
Je ne renonce pas à un 80 km en 2014 en tirant les enseignements de la grande course des templiers que je viens de faire. Cette course n’est pas un ultra-trail. Elle n’en est pas moins terriblement difficile.




lundi 17 septembre 2012

Hommage à la course de Saumur-Champigny


Fort tôt, en ce beau matin, nous nous retrouvâmes sur la place du village. Tout le monde était là. La chef de la tribu (parce que nous, on a une chef) avec sa gouaille habituelle nous intima l’ordre de partir. Alors,  nous attelâmes nos trois charrettes pour s’en aller loin de nos contrées. Après quelque temps de voyage, nous arrivâmes dans ce pays de cocagne où pousse la vigne : Saumur-Champigny.

Y a-t-il un marché pour qu’il y ait tant de badauds ? Non, pas du tout. Toute cette foultitude n’était là que pour un seul évènement : les foulées de Saumur-Champigny. Il n’était point question ici d’arènes, de gladiateurs ou de fauves affamés mais simplement de course à pied.

Mais quelle course à pied ! Le défi consistait à courir environ quatre lieues (soit pour les hommes du futur, 17,4 kms) mais aussi et surtout à passer les ravitaillements « gastronomiques ».

« Oyez !  Fiers coureurs, préparez-vous à affronter les sentes, les venelles et autres chemins de l’Anjou, à travers vignes et coteaux. »
Notre tribu se mit en place, loin de la ligne de départ, laissant les premières places aux mangeurs de bio et autres buveurs d’eau. D’autres tribus firent comme nous.  Ainsi des marsupilamis, des « dupont et dupond » et autres arlequins.

Le clavecin libérateur lâcha la horde sauvage. En fin de peloton, notre équipée s’élança. Nous partîmes douze…
Pour nous reconnaitre, notre chef avait eu l’idée de nous affubler d’un chapeau rouge et d’une cravate garance, assortis à la couleur de notre tunique sur laquelle, fièrement, était apposé notre blason (logo pour les hommes du futur) : « Foulées d’étival ».
Nous calâmes nos pas sur Dame Sylvie, novice sur une telle distance. La gente féminine était également représentée par Dames Katia, Laurence, Marie-Pierre et bien sûr notre vénérée chef Martine. La gente masculine était composée de Monseigneur Eric, mari de notre vénérée, Anthony, époux de Dame Sylvie, des sieurs Jean-Michel, Laurent et Patrice. Complétaient la petite bande, notre sage Jean louis et moi-même qui étions équipés de boites à images dans le but d’immortaliser l’aventure.

Dame Christiane, épouse de notre sage, faisait partie du voyage mais n’avait point voulue enchausser ses sandales de sport, préférant, telles les femmes de marins qui, fébrilement, attendaient le retour au port de leurs bienheureux, patienter près de la zone de départ, qui faisait aussi office d’arrivée.

Nous trottinions donc  en compagnie d’une policière américaine, d’un prisonnier, de clowns, de fées, de personnages plus ou moins identifiés. D’autres étaient simplement déguisés en coureurs à pied.

Les Dupont et Dupond étaient proches de nous à la recherche du trésor de Rackham le (verre de) rouge.
La maréchaussée veillait sur le bon déroulement de l’épreuve. Bientôt arriva la première halte. 
En mon for intérieur, je m’étais lancé le défi de ne point boire d’eau durant l’épopée. Je doutais  que d’autres dans l’équipée, notre ami Patrice notamment, avaient eu la même ambition. D’une lampée, je bus l’hydromel puis dégustais autres saucissons et boudins. Puis nous repartîmes.

 Pour peu de temps. Assez rapidement, au hameau de Chaintré, se trouvait une nouvelle taverne à ciel ouvert. Patrice, connaisseur, nous indiqua que le meilleur Saumur-Champigny se trouvait Là. Nous goûtâmes donc le précieux breuvage accompagné cette fois de rillauds.
Comme des troubadours animaient le lieu en musique, plusieurs de nos amis se mirent à danser carmagnoles et farandoles.

Sur ordre de notre vénérée, nous reprîmes la route ou plutôt le chemin qui, droit dans les vignes, nous emmenaient vers une poterne.  Passée celle-ci d’autres chemins serpentant entre vignes et forêts s’offraient à nous.
Nous arrivâmes devant un château. Le porche était ouvert, deux coureurs  qui nous précédaient, s’étaient aventurés mais visiblement, le marquis du coin n’était point d’accord avec cette affaire et raccompagnait nos deux manants. Nous longeâmes donc sagement la bâtisse.

Plusieurs jeunes femmes arboraient le blason d’une tribu venue des Sables d’Olonne, une contrée lointaine du ligérien océanique. Sieur Jean-Michel ayant beaucoup voyagé, avait fait partie de cette tribu voilà quelques années. Ce fut prétexte pour prendre conversation avec les belles.

Nous avions maintenant dépassé le milieu de cette course. Sylvie tenait bon, nous aussi.
Puis une pancarte annonça « Ravitaillement à 100 mètres ». Nos papilles se mirent en action. L’élixir était proposé dans de magnifiques verres, on ne pouvait refuser. Notre ami Laurent s’en délecta.
Les dames prirent un peu d’avance, préférant l’eau au vin. Sur ce, de bon pied, la gente masculine repartit afin de rattraper nos amies. Sur la lancée, afin de nous dégourdir les jambes, quelques hommes, dont votre serviteur, continuèrent d’accélérer.

Jusqu’à revenir sur une demoiselle vêtue d’une jupette à damier blanc et noir, tels les drapeaux d’arrivée des 24 heures (célèbre course de chars). La tunique laissait deviner un joli séant.


Dans un souci d’élégance et afin de ne pas offenser la belle, nous décidâmes, sans besoin de mots, de rester derrière. L’allure fût donc réduite.

Une longue côte s’ensuit. Nous rattrapons deux quidams vêtus à la mad max, tels des guerriers venus d’ailleurs en quête de quelque guerre picrocholine. Ils venaient surtout du dernier ravitaillement où ils avaient passé une longe halte.

Ayant pris quelques longueurs d’avance sur nos équipières, nous fîmes une haie d’honneur et, à chaque passage de coureur, composâmes une « ola » d’encouragement. Cela dura un temps. Le groupe s’étant reformé, trottinage reprit.
Plus loin, en remerciement de nos encouragements, les belles des Sables d’Olonne nous saluèrent d’une même « ola ». Le soleil était chaud maintenant.

Nous nous retrouvâmes une nouvelle fois au hameau de Chaintré. Nous ne devions pas être dans les premiers (on s’en doutait un peu) car les tablées n’étaient plus bien garnies. Une amphore de petit rosé pétillant s’offrit à nous pour nous rafraîchir. Dame Katia apprécia.

Nous repartîmes en compagnie de la tribu Suzeraine, des voisins à nous. D’ailleurs, Martine, qui connait tout le monde, connaissait l’un d’entre eux, le conquérant Guillaume, qui avait l’air d’être un homme de joyeuse compagnie.

Quelques-uns d’entre nous prirent quelque avance pour aider à la digestion. Nous arrivâmes à la cave. La descente était douce, il faisait frais. Puis nous serpentions dans l’immensité obscure, seulement éclairée de lanternes « électriques » au sol. Nous arrivâmes au pied de l’escalier, 60 marches à grimper puis le soleil nous éblouit.  Nouvelle haie, nouvelle « ola » puis, groupe reformé, direction la dernière halte gastronomique. Deux petites lampées, du fromage. C’était bon.
Une photo du groupe avec la boite à images. Puis longue traversée du village. Nous étions proches de l’arrivée. Nous nous mirent en forme de farandole, main dans la main, et Dame Sylvie en tête, nous franchîmes, avec brio et en chantant, la ligne libératrice.…Nous arrivâmes douze.

Le sablier mécanique que je portais au poignet indiquait  2h 15mn. Mais peu importe le temps. Le ravitaillement était là. La chaleur, notre bonne humeur et nos haltes gourmandes nous avait donné soif. Enfin de l’eau !

Le sieur Anthony, entraineur d’une équipe de soule (jeu de ballon de cuir) et moi-même devions repartir rapidement. A’ regret, nous abandonnâmes nos compères.
Ils finirent leur journée en festoyant, attablés à l’ombre d’un grand chêne, se contant maintes fois et de maintes façons leur belle aventure.

Pour sûr, d’autres suivront.

dimanche 19 août 2012

Le Canigou: Montagne sacrée ou dent des fadas?


C’était en mars 2007. Avec Christelle, nous descendions sur Barcelone où j’allais faire le marathon. Sur l’autoroute, arrivé près de Perpignan, j’ai aperçu cette montagne coiffée de blanc dessinée sur le ciel bleu de l’hiver et qui dominait tout. C’était le Canigou.  Impressionné, je me jurais de monter en haut de cette montagne un jour. Dès l’été suivant, nous passions nos vacances en Cerdagne, près de Font-Romeu et nous en profitions pour faire l’ascension en randonnée en passant par la célèbre « cheminée ». Et c’est lors de ce séjour que j’ai appris qu’il existait une course bien particulière, fierté des Catalans : le championnat du Canigou. Son principe est simple, on part de Vernet les bains (650 m d’altitude), on monte au Canigou à 2785 mètres d’altitude (18Kms et 2180 m de D+) et on redescend à Vernet en 16 Kms, soit 34 Kms. L’idée de faire cette course était née.

Cinq ans plus tard, me voilà, ce matin à Vernet, le jour se lève à peine. Il est 6h30, une quinzaine de coureurs sont partis. Ils font la course avec 8kgs de lest dans leur sac à dos, en mémoire d’une vieille tradition locale où, au début du 20e siècle, des habitants de Vernet étaient payés pour gravir le Canigou afin d’aller chercher des blocs de glace pure pour rafraîchir l’apéritif des riches curistes de la station thermale de Vernet. Et oui !! Jusqu’où peut aller l’exploitation des êtres humains.

Il est presque 7heures. Plus de 800 coureurs sont au départ. Je suis sans stress particulier. Je vois bien que la grande majorité des engagés sont catalans. C’est « leur » course. Départ à mi-peloton, les 500 premiers mètres cool puisqu’on ne peut pas doubler puis direction Casteil par la route communale. La route s’élève gentiment, je commence à doubler, au train. 2km de route puis après Casteil, un chemin qui s’élève de plus en plus. Rapidement, je passe en mode marche active quand beaucoup de coureurs courent encore mais je vais quasiment aussi vite qu’eux. Arrivée au col de Jou, tout va bien même si le rythme global est assez rapide.

Direction Les Marialles par un sentier rude. Maintenant, tout le monde marche. Je suis entouré de plusieurs coureurs dont trois féminines. Ici, tout le monde les connait puisque, à chaque fois que l’on rencontre des spectateurs-randonneurs, ceux-ci les encouragent : « Allez Nadia, allez Pascale, allez Christelle ». Le sentier rude dure une couple de kilomètres avant d’arriver sur la large piste qui permet d’alterner course et marche. Je reconnais cette piste, c’est par là que nous étions monté en randonnée avec Christelle voilà cinq ans.  Je suis une des féminines, les deux autres prennent une trentaine de mètres d’avance. Nous arrivons maintenant aux Marialles en 1h17mn, plus de 1000 m de D+avalés. Je suis bien.

Je ne m’arrête pas aux ravitos car j’ai pris le nécessaire. Nous prenons maintenant le single en légère descente. Le rythme s’accélère. La prochaine étape est la cabane Arago. J’essaie de suivre les coureurs qui me devancent. J’ai toujours mes féminines en ligne de mire cependant le chemin devient plus dur, nous traversons  une succession de pierriers. Au bout d’un long moment, je vois la descente sur le ravin qui permet de traverser le ruisseau. Le rythme élevé commence à me peser. S’ensuit une montée qui me fait mal aux jambes puis nous nous remettons  à courir. Enfin, j’aperçois la cabane Arago. J’y suis en 2h08 mn, altitude 2180 m. Je m’arrête au ravitaillement pour boire, manger mais aussi souffler. Je prends un gel anti-crampes et c’est reparti.

 Montée en marche active sur la pelouse du pla Cady et je vois la longue file indienne de coureurs. J’ai l’impression qu’ils sont des milliers. J’ai un coup au moral, je suis parti assez rapidement (trop sans doute), j’ai mal aux jambes et j’ai l’impression (fausse) d’être à la fin du peloton. Sur la gauche, on voit maintenant le haut du Canigou. La pelouse fait rapidement place au minéral. Pour l’instant, le chemin en lacet est bien dessiné sans trop de grosses pierres. Je vois toujours deux de mes féminines, trois ou quatre lacets plus haut, qui ont pris le large. Mais progressivement, la pente durcit et le chemin laisse place à un immense pierrier. Ca y est ! Je sens les crampes arriver.

M….. Obliger de ralentir. Certains coureurs commencent  à me doubler. Je vois la cheminée là-bas. J’entends aussi les clameurs des spectateurs qui nous attendent là-haut. A’ causes des crampes, au lieu de passer le pierrier, fait de gros blocs de pierres, sur mes deux jambes, je suis obligé de m’arc-bouter et de m’aider de mes mains. Lent et ridicule. En mon for intérieur, je peste. Je suis minable. Avoir des crampes là. Au cours de la descente, oui, c’est normal mais pas maintenant. Je ne peux  même pas profiter d’une belle montée de la cheminée. Bien sûr, j’y arrive et je la monte cette cheminée mais sans enthousiasme, en gérant mes efforts pour ne pas amplifier les crampes.  Le passage vertical et vertigineux est étroit. Heureusement, sans trop bouchonner,  chacun passe à son tour, gentiment, accroché à son bout de rocher en attendant le passage. J’y suis en 3h11Mn, je voulais faire moins de 3h. Le pic n’est pourtant pas large mais il y a un monde fou. Il y même un mini ravitaillement. Un organisateur me tend un bout de pain d’épice, je prends. Un autre nous indique la descente. Pas le temps d’admirer le paysage. Ne pas rester pour ne pas causer de bouchon.

J’entame la descente doucement.  J’ai lu et entendu plein de choses effrayantes sur cette descente. Il y a pas mal de pierres mais moins qu’à la montée. Rapidement, un vrai sentier se dessine. Je prends un petit rythme en essayant de rester souple. Je me fais doubler mais ce n’est pas grave. Un spectateur averti, isolé, m’indique que je suis 302e. Même si ce n’est pas trop glorieux, cela me remonte le moral. Je ne sens plus les crampes mais je sais qu’il ne faut pas que je tape dans les pierres où qu’il y ait trop de rupture de pente. Je trottine, arrive au pic Joffre. Le sentier continue, devient moins minéral. Je prends mon 2e gel anti-crampes.

Je continue ma progression. Je ne me fais presque plus doubler. J’essaie de rester souple. Enfin arrive le refuge des Cortalets. Un groupe d’une dizaine de coureurs sont au ravitaillement. Je m’arrête brièvement puis repart. Je suis 3e d’un groupe de 6 coureurs. Le sentier est monotrace, descend fortement mais sans à coup et sans pierre. Un bon rythme s’installe. Nous le maintenons trois ou quatre kms puis un coureur lâche prise. Le rythme commence à me peser. Je laisse les quatre autres partir. Ils ont une cinquantaine de mètres d’avance lors de l’arrivée au ravitaillement de Balatg, déjà près de de 8 kms de descente et 1200 m de dévalé. Il en reste presqu’autant.
 Arrêt rapide au ravito. Il y a un groupe. Je repars seul  vers une large piste. Ne voyant personne ni devant, ni derrière, j’ai un doute. Me suis-je tromper ? J’attends quelques secondes, arrive un coureur. C’est bon, je repars. D’autres nous rejoignent. La descente de la large piste dure un bon moment. J’ai du mal à suivre le rythme mais m’accroche au petit groupe. Le soleil tape dur maintenant. Puis, d’un coup, finie la large piste. Place à une descente d’enfer, monotrace, presque des escaliers, avec de la pierre. Aie, Aie, Aie. Comme on dit, c’est « casse-gueule ». Nous sommes dans la garrigue et nous descendons tout droit dans la montagne coupant de temps en temps la large piste où nous étions auparavant. Ils appellent ça « l’échelle de l’ours ». Le passage est dur. Je sens les crampes revenir. Je descends doucement.
Nouveau ravito, cela ne manque pas sur cette course. Juste un coup d’eau, je ne m’attarde pas, je repars. Nouvelle descente pleine de pierres. On longe un torrent puis le traverse. J’ai mal. Puis une montée, brève, peut-être 200 m maxi,  mais dure, je m’aide de mes mains au départ. Les crampes sont là, le mal est lancinant. Un petit chemin monotrace et roulant permet de souffler. Il doit rester à peine quatre kms. Un coureur me dit qu’il reste juste une descente et c’est fini. Mais j’ai lu que cette descente était difficile. Elle arrive. En fait, c’est un large chemin, à l’ombre, sans trop de pierres mais raide. Je cours mais chaque pas tétanise les quadriceps. Elle n’en finit pas cette descente. J’en ai marre, je n’ai pas de plaisir. Enfin, le goudron. Une petite route, toujours en descente. Il doit rester 2 kms.

J’ai envie de marcher pour soulager mes muscles mais je continue de courir car je me dis, plus vite j’arriverai, plus vite ce calvaire sera fini. J’entre dans Vernet. Le kilomètre restant pour rallier le centre me paraît interminable même si des dizaines de spectateurs nous encouragent. J’entends le micro d’arrivée. La foule des spectateurs est dense. Je vois le photographe de service, j’essaie de sourire. Arrivée. Top. Fini. 5h 04 mn 29s. Je voulais finir en moins de cinq heures. Déçu. C’est vraiment une course de fadas. Sur le coup, pas envie de la refaire.
Et puis, direction le repas d’après course. J’ai faim. Sous l’ombre des arbres, je me retrouve à table avec deux coureurs des Pyrénées Orientales qui ont fait le marathon du Mont Blanc, puis un coureur d’ultras (grand raid des Pyrénées) qui vient de Limoges et un voisin d’Alençon qui vient de faire son premier trail de montagne. Nous échangeons nos expériences. Sympa.

Deux jours plus tard, en lisant le journal local, je prends connaissance de mon classement : 305e sur 799 arrivants. Je regarde les féminines et je vois que Pascale finit 134e en 4h33, Nadia 148e en 4h36 et Christelle 172e en 4h40. Selon le journal, Nadia prépare la Diagonale des fous. En fait, je n’aurai pas dû être avec ces féminines dans la montée, je suis parti beaucoup trop vite. J’ai mal géré. Beaucoup de coureurs catalans font de cette course leur point d’orgue de l’année. Ils ont plusieurs participations  à leur actif. Ils savent la gérer. C’est leur course, c’est leur montagne sacrée. Alors, même si je ne suis pas catalan, j’y reviendrai peut être un jour.

mercredi 4 juillet 2012

Le trail du belvédère: Matinée ludique à Chemiré le gaudin (72)


(Merci à notre photographe Patrice)

Ils sont décontractés, les coureurs, ce matin dans le village de Chemiré le Gaudin. Il faut dire qu’il fait beau mais pas trop chaud. Je retrouve les amis du club des « foulées d’Etival ». Il y a là Laurent et Anthony qui feront le 13 km comme moi, mais aussi Martine, notre Présidente, les deux Eric, Sandrine, Cassandre, Katia, Laurence et bien sûr le grand Nico qui feront le 7 km. Seul, le jeune Julien s’attaque au 21 km.
J’aurais bien fait le 21 km mais je suis en reprise d’entrainement en vue du championnat du Canigou alors je viens juste pour me faire plaisir et reprendre un peu de vitesse.

9h30 : la cinquantaine de traileurs du 21 kms s’élancent. Maintenant, les coureurs du 13 km se rapprochent de la zone départ. Des petits groupes d’amis coureurs se forment, ils discutent entre eux. On ne sent pas trop l’esprit compétition en ce premier jour de juillet. Tout à coup, presque par surprise, on entend le bruit du starter départ, la course est lancée. Beaucoup de coureurs, dans l’urgence, appuient sur leur chrono ou leur GPS. Anthony s’échappe pour rejoindre les premiers. Je le suis à quelques encablures puis stabilise ma vitesse. Ne pas partir trop vite. Nous faisons d’abord un tour du village. Après 800 m, nous repassons près du départ et j’entends le speaker une trentaine de mètres devant moi annoncer Natacha Lacorre, la première féminine. Nous quittons le village et j’entends Martine m’encourager : «  Allez Pascal, il y a des belles filles, devant ! ». Alors, j’accélère. Sur vingt mètres.

Arrive la première côte. Je vois les deux premières féminines dix mètres devant moi. La côte longe les murs du château de la Sauvagère. Je monte sans forcer. Malgré tout, je reviens sur les deux jeunes femmes. Je suis sur leurs talons en haut de la côte. Suit un large chemin herbeux, je double les demoiselles.
J’arrive dans le bois du belvédère. Il y a un coureur quinze mètres devant. Nous sommes dans un chemin forestier en faux plat montant. Je n’essaie pas de le rattraper. Je me sens bien, je ne force pas. Nous arrivons au belvédère. Puis nous entamons une descente toute droite. J’essaie de revenir sur le coureur. Une  épingle à cheveux. Nouvelle descente. Je reviens sur le coureur au moment où nous entamons la montée dans un chemin creux. Deux cents mètres de montée. A’ l’aise, je ne cherche pas à doubler. Haut de côte. Tiens!  On ne prend pas le même chemin que les années précédentes. Je passe le coureur et reviens dans la descente sur deux autres. 


Je connais bien la montée qui suit. Je l’ai faite cet hiver en préparation du trail des piqueurs. On monte correctement. On revient vers le belvédère, je double les deux coureurs. On sort maintenant du bois et passons  le long de la lisière par un pré fraichement coupé. Tout à coup, deux coureurs me doublent très vite. Je comprends que ce sont les premiers du 7 Km. Leur circuit ne fait  pas les côtes du bois du belvédère. Premier ravitaillement, je zappe
.
On entame une descente que je connais bien (toujours la prépa des Piqueurs). Je suis à l’aise. Le grand Nico qui fait le 7 km me passe. « Allez Nico ».


Au bas de la pente, épingle à droite et on attaque une série de prairies. Pas de chemin, il faut lever les jambes un peu plus haut. On passe un ruisseau sur une simple planche. Re-prairies. J’ai quelques coureurs  30 mètres devant moi. Je garde mon tempo, 4mn 40 au km. On retrouve le circuit des 7 Kms. Nouvelle prairie puis légère montée, on retrouve un chemin. Je reviens à quelques mètres de coureurs. Nouvelle épingle à cheveux puis nous entrons dans un bosquet. Single avec racines. Prudence. Sortie du bosquet et j’arrive devant le passage du ruisseau. Il y du monde. Un mélange entre les coureurs du 7 et du 13 km. 


Allez, on se mouille les pieds. 2e ravito, je zappe encore. On attaque maintenant des petits sentiers sombres tournoyant dans un bois touffu. Je suis derrière un jeune traileur dynamique.

A’ la sortie du bois, nous arrivons au château des belles-filles. Un ancien me rattrape. Il a le mollet sûr. Ainsi qu’un autre jeune. Nous sommes quatre. Nous entamons la descente mais contrairement aux années précédentes, nous bifurquons vers la lisière d’un champ de maïs coupés (de l’année dernière, je suppose) Il reste des tiges de maïs  hautes d’à peine dix centimètres, il vaut mieux les éviter. Fin de descente. Panneau « arrivée 1km ». L’ancien a déjà 20 mètres d’avance. Un des deux jeunes dit à l’autre « allez, on finit ensemble ». Et ils accélèrent. Je les suis ? Non, je suis bien, mon but aujourd’hui, c’est le plaisir. Et je n’ai pas envie de me mettre les cuisses en feu.

500 mètres, je vois Marie-Pierre qui vient de faire le maraisthon (du côté de Niort) et qui est venue nous encourager ainsi que Patrice, notre V2 (3h13 au marathon quand même) qui n’aime pas  les trails mais qui nous prend en photos.
Dernière descente. Nico est arrivé « Allez Pascal ». J’accélère, c’est facile.


Terminé. 12km600 au GPS (12km450 l’an passé). 59 mn 04 sec (25e sur 162 coureurs). Sans forcer, bonnes sensations. Je suis content.

Les autres copains et copines arrivent. Seule Martine a trébuché, sans mal, juste de la terre sur les mollets.


Nous faisons une photo de groupe «  les traileurs d’étival ». Puis nous allons chercher notre cadeau : un véritable pot (en poterie) de rillettes. Sarthois, quoi.
Vraiment une belle matinée ludique.
Un beau petit trail d’initiation avec un joli parcours bien dessiné. Merci les organisateurs. A’ l’année prochaine.